De l’Europe à l’Asie : de Saint-Pétersbourg à Oulan-Bator

Par Renaud T.

Moscou, Saint-Pétersbourg et Transsibérien

Quels chocs! Après avoir passé un mois en Tanzanie, nous la quittons pour la Russie, en passant par Zurich.

D’abord, passer de Dar es-Salaam à Zurich, c’est passer du chaos à l’ordre, du sale au propre, du pas cher au beaucoup trop cher. On vivait bien finalement dans ce laisser-aller, et là, on a l’impression que tout est un peu trop aseptisé.

Mais le plus gros choc, nous l’avons subi en arrivant à Saint-Pétersbourg. Dans notre tête, la Russie, c’était encore un peu l’Union soviétique. On pensait arriver dans un pays ultra contrôlé, avec une population relativement pauvre, avec peu de commerces comme on les connaît en occident et une criminalité relativement élevée. On est vraiment nul et mal renseigné. C’était tout le contraire.

Si pour obtenir le visa russe à Montréal ça a été un peu long et compliqué, on a passé la douane russe et récupéré les valises en moins de 30 minutes. Pas de questions, pas de contrôles pour savoir comment on allait sortir du territoire (nous n’avons pas de billets d’avion de sortie puisqu’on sort avec le Transmongol). Ça a été tout simple.

En roulant vers la ville, on ne pouvait s’empêcher de se faire la remarque que ça ressemblait au Québec à cause de la végétation. Et, une fois dans la ville, à une belle ville Européenne tout ce qui a de plus normal.

Bon, évidemment on ne pense pas que tout est parfait ici, mais on est à un monde de l’idée qu’on se faisait de la Russie.

Cinq jours à Saint-Pétersbourg, c’est court. Il y a finalement beaucoup de choses qu’on ne réussira pas à voir et quelques jours de plus auraient été fort bienvenus. On se réjouit quand même de marcher tous ces kilomètres pour visiter cette magnifique ville.

Quelques impressions en vrac avec nos regards de touristes qui n’ont évidemment gravité que dans le centre de la ville.

  • Il y a beaucoup de monde, mais c’est tranquille comme ville. On se sent plus à Montréal qu’à Paris.
  • C’est les vacances et il y a beaucoup de touristes… Russes. On a bien vu quelques Français, une famille de Canadiens et des Chinois, mais la majorité des touristes sont Russes.
  • On a l’impression d’être totalement en sécurité, qu’on peut se promener pratiquement n’importe où sans problème.
  • Les Pétersbourgeois sont sympathiques et accueillants. On nous sourit, on nous aide, on nous fait sentir les bienvenus même si la langue est un obstacle majeur.
  • Ce qui se dégage de la ville est une impression de prospérité et de fierté. Ça va bien à Saint-Pétersbourg.

Nous avons trouvé, pour une journée, une gentille Pétersbourgeoise follement amoureuse de sa ville. Ekaterina était à la limite de l’extase en nous la faisant découvrir. Tout est mieux à Saint-Pétersbourg qu’à Moscou! La rivalité Montréal-Québec fait pâle figure à côté de ça.

On commence ensuite notre traversée de la Russie par un petit trajet entre Saint-Pétersbourg et Moscou. Pour ce trajet, on a décidé de prendre le Sapsan, l’équivalent du TGV russe.

Nous avons passé quatre jours à Moscou. C’est peu, alors nous nous sommes concentrés sur les classiques. Le métro, les monuments historiques, la Place Rouge et une belle balade en bateau sur la Moskova qui traverse la ville.

Mais c’est l’aventure du Transsibérien que nous attendions avec impatience.

On quitte Moscou à 23 h 45, fébriles. Notre nouvelle maison pour quatre nuits nous attend. On s’attendait à ce que notre train soit un peu plus typique. C’est confortable, propre et pratique. Bon, on est un peu coincé dans l’espace restreint de notre compartiment, mais ce n’est pas comme si on était déjà tous ensemble 24 heures sur 24 depuis un mois!

C’est fou comme le train, ça fait dormir. On dort la nuit, on dort le jour. Le bercement des rails a un gros effet soporifique. On a du temps devant nous, alors on lit ou on fait l’école. Depuis qu’on est sorti de Moscou, on a l’impression d’être au Canada. Les paysages varient entre celui des Cantons de l’Est et le nord de l’Ontario. C’est beau, mais c’est vraiment moins dépaysant qu’on le croyait. De grandes étendues avec des arbres, on connaît.

Le train fait des arrêts de temps en temps. De jour comme de nuit, nous arrêtons dans certaines villes pour prendre ou déposer des passagers. L’arrêt dure en général 20 minutes. On a juste le temps de sortir prendre l’air et se dégourdir les jambes.

La langue est vraiment un challenge ici. Depuis qu’on a quitté les grandes villes, on dirait que plus personne ne comprend un mot d’Anglais. On essaie alors de se faire comprendre en faisant des mimes. On va vraiment devenir bon pour les soirées de jeux de mimes!

Nous changeons de fuseaux horaires régulièrement sans nous en rendre compte. L’heure affichée dans le train et dans les gares est toujours l’heure de Moscou. Mais chaque jour, nous avançons d’une ou deux heures. Il faut faire attention, car nous descendons du train à Irkoutsk à 7 h 18 heure locale. Ce qui veut dire 2 h 18 du matin à Moscou. On essaie donc de faire notre décalage horaire tranquillement, mais ce n’est pas évident. Les filles ont de la difficulté à dormir le soir et à se lever le matin. À Irkoutsk, nous aurons 12 h de décalage avec Montréal. On s’éloigne, on s’éloigne.

Nous nous posons deux jours à Irkoutsk le temps de prendre quelques douches. L’hygiène étant un peu déficiente dans le Transsibérien. La ville est certainement différente des deux dernières que nous avons visitées. C’est de toute évidence moins prospère ici.

La population change aussi beaucoup. Si à Moscou ou à Saint-Pétersbourg nous nous fondions facilement dans la masse avec nos petites têtes de Slaves, ici, on sent qu’on va bientôt, à nouveau, sortir du lot. Il y a manifestement une plus grande influence asiatique. Le peuple Bouriate, d’origine mongole, est omniprésent.

Encore une fois, l’accueil est super. Les gens sont sympathiques, mais plus personne ne parle anglais alors ça rend nos contacts plus difficiles même si on baragouine maintenant quelques mots de Russe.

Le but de s’arrêter à Irkoutsk était d’aller passer du temps au Lac Baïkal. Sur la route, on croise différents poteaux ornés de rubans de toutes les couleurs. Les chamanes règnent dans cette région. Lorsqu’on passe près d’un de ces totems, il faut faire une offrande au risque des plus grands malheurs. Subtilement, chaque fois qu’on passe devant l’un d’eux, le chauffeur du minibus jette quelques brins de tabac par la fenêtre. Au bout du trajet, il aura quand même jeté l’équivalent de deux cigarettes en tabac par la fenêtre! Les dieux vont être contents. Destination : île d’Olkhon, situé au milieu du lac, c’est le territoire incontesté des esprits du Lac Baïkal.

Le lac Baïkal

Changement complet de décor. Le lac Baïkal est le lac le plus profond du monde (1600 mètres de profondeur) et avec ses 600 kilomètres de long sur 80 kilomètres de large par endroit, ça en fait un beau petit plan d’eau. L’eau est d’une limpidité exceptionnelle.

Nous avons décidé de nous poser sur l’île d’Olkhon, au milieu du lac. Après être arrivés au traversier, nous découvrons une île à moitié désertique et à moitié couverte de forêts. Nous avons l’impression de retourner dans la brousse. Comme dans la savane africaine, les routes sont assez sommaires et faites de poussière et de sable.

Nous nous installons dans le village principal, Khoujir. Population : 1500 habitants. Difficile de décrire le village. Même si nous sommes en plein été et que nous avons chaud, on sent que c’est un village nordique, reculé, difficilement accessible en hiver. Un peu comme certains villages du nord du Québec. C’est aussi difficile de décrire où nous logeons. Ce n’est pas un hôtel, mais ce n’est pas non plus chez l’habitant. C’est un mélange des deux. Tout est clôturé ici et dans l’enceinte de notre gîte on dirait un peu le village d’Astérix… mais broche à foin. Tout est raboudiné et récupéré. Mais ça ne manque pas de charme et d’hospitalité.

À noter, pour continuer dans la série, « je combats mes préjugés » qu’on aura eus plus chaud en Sibérie qu’en Afrique.

L’île d’Olkhon vit clairement du tourisme durant l’été. Mais ici, on ne parle pas de tourisme de masse. On croise quelques Allemands, mais surtout quelques Français et des Coréens.

On a profité de nos dix jours ici pour faire plusieurs expéditions sur terre comme sur mer. Le lac est tellement grand qu’on parle de la petite mer et de la grande mer pour parler de chaque côté de l’île. C’est aussi ici qu’on fête les neuf ans de Marie!

Marche, baignade, balades en bateau et randonnées un peu plus techniques sont au rendez-vous. Aussi, chaque soir nous avons droit à un magnifique coucher de soleil sur le lac. Ça nous fait de grosses journées et on rentre tous les soirs crevés.

Nous quittons le lac Baïkal pour retourner à Irkoutsk. C’est la fin de notre voyage dans ce pays. Nous avons adoré la Russie. Étonnement, beaucoup de choses ressemblent au Canada. Encore une fois, nos idées préconçues d’Américains occidentaux en ont pris pour leur rhume. Nous avons vécu un séjour en toute quiétude, en sécurité, avec la plupart du temps des gens accueillants et en pouvant naviguer sans contraintes sur internet. Vraiment loin de l’idée qu’on avait avant d’arriver ici.

Il est maintenant temps de finir notre périple en train. Cette fois-ci, le Transmongol nous attend. C’est plus ou moins 24 heures de train jusqu’à Oulan-Bator.

La Mongolie

On est sorti de Russie sans problèmes et nous sommes entrés en Mongolie encore plus facilement. Nous débarquons donc dans la capitale pour préparer notre prochain gros morceau du voyage. Nous avons en effet prévu de partir 17 jours explorer la Mongolie.

À nouveau, nous sortons du lot. Ici, plus de touristes russes à qui nous ressemblons pour nous fondre dans la masse. Pourtant, on n’a aucunement l’impression qu’on nous observe comme des incongruités. Il y a quand même des gens qui font semblant de prendre des selfies pour nous prendre en photo. C’est sûr que trois petites têtes blondes, ça fait fureur ici. Les gens sont accueillants, souriants et nous aident patiemment lorsque nous ne comprenons rien.

Nos 17 jours de « safari » mongol sont remplis de hauts et de bas. Du côté négatif, notre guide n’est pas aussi professionnel et bon que Saïd, le guide que nous avions eu en Tanzanie. Et chaque jour, nous pensons à Saïd qui nous manque cruellement.

Mais à part ça, le voyage est fabuleux. C’est difficile, car les routes sont inexistantes et il peut nous arriver de prendre quatre heures pour parcourir 35 kilomètres. Quand on sait qu’on a plus de 3 500 kilomètres à faire dans ce pays, ça montre l’ampleur du problème. Mais les paysages sont fantastiques et chaque jour apporte son lot de surprises.

La Mongolie, c’est le pays des chevaux, des chameaux, des aigles, des yaks, des moutons et des chèvres. Et nous en verrons une tonne.

On visite des temples dont la majorité a été détruite durant les purges communistes de 1937. On fait des randonnées en chevaux dans des canyons grandioses. On fait une balade en chameau jusqu’aux dunes de Khongor. On fait des treks près de falaises splendides au coucher du soleil. On explore des chutes. On fait du kayak et de la plongée sous-marine au lac Khuvsgul. On escalade des volcans. On se baigne dans des sources naturelles d’eau chaude. Et à chaque endroit, on a l’impression d’être réellement au plein milieu de nulle part.

Tous les soirs, nous dormons dans des yourtes. Et des fois, on gèle vraiment. Si certaines sont spécialement là pour recevoir des touristes, il arrive aussi qu’on soit réellement chez l’habitant. Dans tous les cas, on est accueilli avec le fameux lait de jument fermenté en guise de bienvenue. Pour le reste des repas, c’est systématiquement de la viande de mouton ou de chèvre avec du riz et du pain. Le matin, au déjeuner, c’est de la soupe à la viande. Autant dire qu’après quelques jours de ce régime et malgré toute notre bonne volonté, on est presque devenu végétarien tellement on n’en pouvait plus. En revenant à Oulan-Bator, nous nous sommes précipités sur les fruits et les légumes que nous avons pu trouver.

L’ambiance à la fin du périple n’était pas la meilleure. Notre frustration envers notre guide, des problèmes mécaniques et notre envie d’un menu un peu plus varié étant les principaux responsables. Mais nous avons quand même vécu un voyage époustouflant. Je prévois déjà revenir avec quelques amis.

Nous nous préparons maintenant à un autre choc puisque notre prochaine étape sera de passer trois mois au Japon. Mais puisqu’on doit faire escale en Corée du Sud pour nous y rendre, pourquoi ne pas y passer quelques jours? Histoire de la visiter un peu, tant qu’elle existe encore!

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La famille T

En 2016, après une présentation très convaincante, la famille T s'est laissé séduire par le projet de tour du monde de leur fille aînée. Une fois les questions logistiques réglées, c’est la planification du voyage qui commence. Tanzanie, Russie, Mongolie, Japon, Asie du Sud-Est et Amérique du Sud : voilà grossièrement l’itinéraire que cette aventurière famille de cinq empruntera. Par le biais du blogue La Cordée, la famille T vous propose de suivre leur tour du monde, une aventure à la fois.
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