L’Appalachian Trail de Danielle Vibien : quel équipement apporter?

Être femme et parcourir en solo l’Appalachian Trail : qu’est-ce que ça prend comme équipement? Réponse réfléchie et pesée.

Par Danielle Vibien,

Je n’en suis pas à ma première expérience de longue randonnée. 8, 10, 16 jours, à chaque fois la même question se pose : qu’est-ce que j’emmène avec moi ? Cette fois-ci c’est pour 186 jours de marche.

Voici ce que j’ai appris au fil de mes aventures : la base d’équipement requis pour vivre en autonomie en sentier est restée sensiblement la même que je sois partie une fin de semaine, une semaine ou plus. Les quantités de nourriture et de carburant par contre, ont varié. Les vêtements appropriés pour la saison en cours ont également varié en épaisseur, donc en poids. Oups… ça y est, je viens d’ouvrir la boîte de Pandore… J’ai prononcé le mot POIDS.

Au cours des derniers mois, j’ai fait mes devoirs. Je me suis imprégnée comme une éponge des sites Web américains qui sont catégoriques : ULTRALIGHT IS THE ONLY WAY TO THRU-HIKE ! (« L’ultraléger, c’est la clé du Thru-Hike »)

Le terme Thru-Hike est utilisé pour décrire l’action de migrer du début d’un long sentier, le point A, à la toute fin de celui-ci, le point B, donc de le parcourir en entier, et ce en une seule saison de randonnée.

Les trois sentiers les plus connus des Thru-hikers : la AT ou Appalachian Trail (3523 km), la PCT ou Pacific Crest Trail (4265 km) et la CDT ou Continental Divide Trail (4989 km). Bronze-Argent-Or; on voit le podium…

En résumé, la philosophie américaine parle de contraintes de temps, de vitesse, de distance moyenne qu’il faut marcher, soit 10 à 30 miles par jour (16 à 48 km) et que plus on marche vite, moins on a besoin de porter d’équipement. Ce qu’il faut éviter à tout prix, selon eux, c’est le changement de saison, les températures plus basses, la neige qui forcerait le troc de matériel ultraléger pour des options plus chaudes, donc plus lourdes.

Ils mettent les adeptes de BACKPACKING bien en garde de confondre ce terme avec THRU-HIKING. Les deux n’ont rien à voir, disent-ils. Et la raison première pour laquelle les gens abandonnent dans le premier mois serait justement parce qu’ils n’auraient pas épuré leur checklist AU MAXIMUM.

Chaque once est questionnée et fait une différence. Le Thru-Hiker doit en tenir compte à tout prix, sans quoi le poids s’accumulera à son insu et il le regrettera…

Les manufacturiers américains n’ont pas perdu de temps. Ils sont nombreux à avoir envahi le marché en offrant des alternatives innovatrices pesant moins que rien à des prix, soit dit en passant, trois fois plus élevés.

Bon nombre de ces produits ne sont disponibles qu’en ligne et en $ US. Il faut oublier les conseils de vive voix en magasins, l’ajustement pour s’assurer du confort…de toute façon, le confort est secondaire, ça ne pèse rien.

Ainsi, si vous voulez embrasser les valeurs américaines vous aller sortir votre balance, dresser un tableau Excel, y inscrire au bas de la page, le poids permis qui ne doit pas dépasser 13 kg, soit 30 lb (et encore) et vous allez TOUT faire pour vous conformer.
Vous allez renier votre tente et vous enrouler fièrement dans une bâche comme un wrap au poulet, probablement sous une pluie diluvienne récurrente, vous faufiler dans un sac de couchage en duvet d’oie morte d’épouvante, sans fermeture éclair ni capuchon (des extras qui rajoutent des grammes de trop), amputer votre matelas à cellules fermées d’au moins 24 pouces ( vous serez alors recroquevillé en position fœtale même si votre respiration en est coupée), vous dormirez tout habillé et n’aurez aucun vêtement de rechange. Vous boirez de l’eau chlorée pendant six mois, vous mettrez le pied en ville pour vous ravitailler aux 4 jours et, bien sûr, vous aurez coupé le manche de votre brosse à dent. Rendu là, un sac à dos de 50 L en pâte phyllo sans armature peut très bien faire l’affaire.

« Vous aurez réussi votre Thru-Hike, sans même être parti! »

Peuple de contradictions tout de même ces Américains qui prêchent l’ULTRALIGHT en sentier à leur population dont plus de 20 %, soit dit en passant en 2017, est aux prises avec des problèmes d’obésité critique…petit angle mort ici.

J’ai également lu sur certains sites américains de randonnée que la règle tacite du 30 % était de mise.

Le sac à dos chargé ne doit donc pas dépasser 30 % du poids corporel du porteur. Ainsi, comme je pèse
54.5 kg/120 lb, je dois donc me limiter à 16 kg/36 lb sur le dos.

Mais à bien y penser, j’ai pris 2.2 kg/5 lb pendant le temps des Fêtes, sans m’en rendre compte alors que croissants au petit-déjeuner et pâtisseries en dessert se sont frayés un chemin jusqu’à ma bouche (vraiment, je n’y suis pour rien…) Donc, si je pèse plus, j’ai le droit de porter plus ?  Quelle bonne nouvelle!  Alors je comprends que j’ai intérêt à prendre un autre 10 lb d’ici mon départ!

J’aime porter une charge. Quand vous aimez votre conjoint, est-ce que vous remettez votre relation en question ? Non! Alors je fais comme vous.

Quand j’ai terminé le GR20, en 2008, j’avais 22 kg/48 lb sur le dos. Pour la traversée de la Chaîne Présidentielle en 2016, c’était pareil. En huit ans, je n’aurais donc pas évolué dans le bon sens…

« Et si porter une charge était plutôt une question d’aptitude physique,
d’habitude et de culture ? »

Photo: des porteuses au Népal, Emmanuel Daigle

Je me souviens, un matin en 2014, alors que je terminais la PemiLoop dans les Whites, qu’il y avait un vent à écorner les bœufs à l’approche des monts Bond et West Bond. J’avais alors aussi 22 kg/48 lb sur le dos. Je me sentais tout de même bien ancrée au sol, rassurée que je ne serais pas emportée par le vent…un petit plus.

Mon œil critique d’acheteuse de matériel de plein air a vu plus d’un modèle de sac à dos en présentation. J’ai vu plus d’une fois un démo 60 L d’une marque rempli de coussins d’air occuper plus de place qu’un 75 L d’une autre marque. « Oui, mais ça dépend si vous comptez les pochettes à la taille ou non. Ça change le volume… » Euh… (essayez donc de vous y retrouver pour voir…)

Est-ce que j’ai trouvé deux balances qui donnaient le même résultat? NON

Est-ce que j’ai parfois trouvé mon sac trop lourd ? OUI

Est-ce que j’ai eu des courbatures le matin en me levant ? OUI

Est-ce que ces courbatures m’ont incapacitée ? NON

Est-ce que parfois je ne sentais presque rien sur mon dos parce que je ne faisais qu’un avec mon sac ? OUI

Est-ce que j’ai développé des plaies cutanées comme Reese Witherspoon dans le film Wild parce que mon sac était trop lourd et mal ajusté? NON

Est-ce que j’aurais pu écrémer ma checklist ? OUI

Est-ce que j’en avais envie ? NON

« J’ai choisi d’assumer mes choix, à chaque fois. »

S’il fallait tous s’approvisionner sur les sites américains ULTRALIGHT pour réaliser nos rêves de longues randonnées en autonomie, les détaillants de Plein Air du Québec fermeraient probablement. Alors comme je travaille en approvisionnement chez La Cordée à titre d’acheteuse et que j’aime ma job et que je passe mes journées à faire, ce que je crois être, les meilleurs choix de produits pour nos clients, je vais partir avec ce que je vous conseillerais si c’était vous qui partiez.

Je ne cherche pas ce que les Américains cherchent : réduire le poids et augmenter ma vitesse. Je n’ai pas cette quête de performance. Ma quête est intérieure. Le sentier, un prétexte. Le matériel, un outil pour arriver à mes fins. Arriver à voir Autrement. Laisser le sentier m’imprégner.

Je n’ai pas parlé d’équipement mental ni d’émotions : des composantes plus importantes de l’Aventure quant à moi que ce que j’aurai sur le dos. C’est là que ça peut passer ou casser. Je partagerai ces moments avec vous.

Alors voilà, sans plus tarder je vous dévoile ma checklist qui provoquera des réactions, je m’y attends, mais qui ne définira pas mon Aventure.

Vous y trouverez un sous-total de 14.5 kg/32 lb

Ce poids n’inclut pas l’eau, ni la nourriture, ni le carburant. Je prévois jouer avec la quantité de chacun. Si je traverse trois rivières dans ma journée (ce que ma carte topographique va me dire) je n’ai pas besoin de porter deux gourdes pleines. Mes bouteilles de carburant ne seront pas non plus pleines à ras bord en tout temps. Et je n’aurai pas toujours 10 jours de nourriture avec moi. Je prévois ramasser plusieurs colis de nourriture qui auront été expédiés dans des bureaux poste. Rien ne m’empêche d’inclure quelques vêtements de rechange dans ces boîtes ou même d’expédier ce dont je n’ai plus besoin dans un bureau de poste d’un État du nord.

Bonne nouvelle, je peux soustraire le poids des vêtements, bottes et bâtons de marche qui ne seront pas dans mon sac à dos, mais sur mon dos ou avec moi; comme ça j’aurai l’esprit tranquille. Et je me suis laissé une marge de manœuvre pour un ingrédient essentiel lors d’une longue randonnée : LE CHOCOLAT (en format mini)!

Plusieurs m’ont dit : « J’aimerais ça aller marcher un bout avec toi, Danielle » Euh…un rêve ? Ok, les amis, mais faudra d’abord me trouver. Je serai en mouvement tous les jours et si vous arrivez les mains vides, sans chocolat, il se peut que je ne vous reconnaisse malheureusement pas…

Appalachian Trail : les essentiels de Danielle

Je pars avec un sac de 85 L. Je tiens à emporter un contenant antiours pour ma nourriture. Si vous connaissez un modèle de sac à dos de 50 L me permettant d’en faire autant, je suis preneuse!

Si vous tapez sur Internet « OUTDOOR GEAR CHECKLIST » dans la barre de recherche du moteur de votre choix vous tomberez, tout comme moi sur une dizaine de propositions différentes. Les détaillants et les manufacturiers de produits se prononcent, les adeptes aussi vont s’exprimer sur un ton plus personnel, car ils ont du vécu.

Il n’y aurait donc pas 1 seule bonne réponse à la question : qu’est-ce que j’emmène avec moi ?

Chacun y va de ses considérations matérielles, de sa propre expérience de vie, de ses insécurités. Quelle qu’elle soit, une checklist, on s’entend là-dessus, c’est le fruit d’une Réflexion. Il y a toujours moyen de la réduire pour passer de l’Utile à l’Essentiel. L’Essentiel, n’est pas le même pour tout le monde.

Enfin, voici par ordre alphabétique une deuxième checklist, celle que je nomme les « NON MERCI, C’EST DE TROP » ou les « REJETS, ben voyons, êtes-vous sérieux, qu’est-ce que vous voulez que je fasse avec ça ? »

Appalachian Trail : les non merci, c'est de trop

Le projet de Danielle serait impossible sans le soutien des compagnies suivantes :

Sans oublier ses autres commanditaires : IcebreakerTherm-A-Rest, Katadyn, GSI, Asolo, Keen, Darn Tough, Counter AssaultNational Geographic, Fruit2GU, PROBARClif Bar, Uka Protéine, Enerchia, PowerBar et Savonnerie des Diligences.

L’Appalachian Trail de Danielle Vibien : quel équipement apporter?
20 votes
The following two tabs change content below.
Author Image

Danielle Vibien

Danielle Vibien est acheteuse camping et voyage chez La Cordée depuis maintenant 13 ans. Passionnée de plein air et de randonnée, elle fait partie de pas moins de sept clubs sportifs axés sur l’aventure en montagne, en vélo et en ski. Pas surprenant alors que l'Appalachian Trail soit sur sa bucket list depuis un bon moment. À partir de la fin du mois de mars 2018, Danielle fera les premiers pas qui lui permettront d’accomplir l’un de ses rêves les plus chers: parcourir la AT du sud au nord. Avec le concours de son équipe de travail et des différents fournisseurs avec qui elle travaille quotidiennement, c’est seule, mais bien entourée qu’elle part réaliser ce défi. Faites comme nous et suivez-la dans son aventure!
Partager ce billet de blogue