Le circuit Huemul : l’ultime trek de Patagonie

Par Nicolas Paré

Avez-vous déjà eu à lutter contre un vent si fort que même arqué vers l’avant avec les 2 pieds plantés dans le sol, vous reculiez? Le vent vous a-t-il déjà plaqué sur le sol comme si vous étiez une vulgaire poupée de chiffon?

La Patagonie est synonyme de randonnées mythiques et de paysages à couper le souffle. La Patagonie est aussi synonyme de rafales de vent extrême.

Photo : WikiCommons

L’aventure débute à El Chalten, une ville aux auberges au mieux médiocres & hors de prix, constamment balayée par le vent, si bien que vous avez froid même au gros soleil. El Chalten est pourtant une ville difficile à éviter, étant située au pied du Cerro Fitz Roy, l’un des joyaux de la Patagonie.

À l’ombre de ce titan se trouve une Grande Randonnée ignorée par 99,9 % des voyageurs; le circuit Huemul.


Huemul est le nom d’un mammifère commun en Patagonie, s’apparentant à l’antilope. C’est aussi le nom d’une montagne située quelque 20 km au sud-ouest de El Chalten; le Cerro Huemul.

Il faut avoir du sang froid à revendre, un brin (ou deux) de stupidité, et Dame Chance & Pachamama (Dame nature) de votre côté pour venir à bout de cette randonnée exigeante sans rebrousser chemin, randonnée qui mettra à rude épreuve la « dureté » de votre mental. Qu’est-ce que le Circuit Huemul a à offrir en échange? Parmi les plus beaux panoramas que la Patagonie peut offrir (ni plus ni moins) et la grosse paix (une rareté en Patagonie).

Alors que vous croiserez des centaines (et des centaines) de randonneurs sur le sentier menant à Fitz Roy, vous pourrez compter sur les doigts de la main le nombre de randonneurs que vous rencontrerez sur le Circuit Huemul durant votre périple de quatre jours en autonomie complète.


Photo : Nicolas Paré

JOUR 1 — TOUS AUX BARRICADES

Départ — Info touristique de El Chalten
Arrivée — Camp Toro
Distance — 17 km

Si le Circuit Huemul comporte une journée facile, c’est sans aucun doute celle-ci, avec un sentier bien balisé (n’y prenez pas goût!).

Quelques kilomètres après avoir quitté El Chalten, et à la fin d’une courte ascension, le sentier débouche sur une clairière offrant une vue imprenable sur le Lago Viedma, l’un des plus gros lacs d’Argentine. Si tout se passe bien, je camperai sur ses berges dans 2 jours.

Dès lors, le sentier descendait jusqu’au fond d’une vallée, avec le Cerro Huemul impossible à manquer devant moi, pour ensuite remonter en longeant une rivière jusqu’au Laguna Toro, situé tout au fond au pied d’un glacier.

À la lisière d’un boisé se trouvait le Camp Toro. En voyant le camp pour la première fois, on pourrait croire qu’il s’agit d’un décor pour une reconstitution de bataille lors de la guerre de Sécession aux États-Unis. Il y avait des barricades de bois partout.

Photo : Nicolas Paré

Ces barricades, mes amis, sont ce qu’on appelle « se protéger du vent le mieux possible avec les moyens du bord ».

Imaginez la scène : vous êtes couché dans votre tente et il ne vente pas du tout. Tout à coup, vous entendez un bruit qui fouette brusquement les arbres au passage. Le bruit se rapproche et gagne en intensité jusqu’à devenir assourdissant. La rafale frappe… et ça fesse. Impuissant, vous vous blottissez dans votre sleeping en priant pour que votre tente résiste. Tout redevient tranquille… jusqu’à la rafale suivante… toute la nuit.

Pas besoin de vous dire de planter vos piquets bien profondément… et d’ajouter de grosses roches aux quatre coins.


JOUR 2 — UNE MER DE GLACE

Départ — Camp Toro
Arrivée — Refugio Paso del Viento
Distance — 12 km

Le jour 2 est le moment où l’on sépare les vrais aventuriers des randonneurs du dimanche! Un avant-midi à marcher dans une zone d’éboulement instable et à forte inclinaison, sans véritable sentier, le tout bordé d’un glacier, aura raison de plusieurs randonneurs.

Photo : Nicolas Paré

Ceux qui persévéreront retrouveront un sentier bien balisé juste avant d’atteindre le sommet de la Paso del Viento. Un nom pareil (Col du Vent) ne laisse rien présager de bon. À cet endroit, le vent ne fait aucun compromis. C’était comme si un immense sèche-cheveux me soufflait dessus en permanence. Je devais attendre le bon moment pour mettre un pas en avant sinon je reculais et perdais du terrain.

Le sentier basculait ensuite dans une nouvelle vallée entièrement occupée par l’immense glacier Viedma. À perte de vue de tous les côtés, j’avais devant les yeux une mer de glace sculptée depuis des millénaires. Aucune photo ne peut rendre justice à cette vision INCROYABLE. C’était comme si j’admirais un animal préhistorique figé dans le temps.

Photo : Nicolas Paré

Il faut savoir que Viedma est l’un des plus grands glaciers formant le Champ de glace Sud de la Patagonie, le deuxième plus grand champ de glace sur Terre après celui de l’Antarctique.

J’atteignais le Refugio Paso del Viento après avoir emprunté un sentier tout en descente en longeant le glacier.

Ne vous emballez pas avec le mot « Refugio ». Construit par l’armée dans les années 50, le minuscule bâtiment avait pour fonction de préparer les troupes aux rigueurs de l’Antarctique (ça vous donne une idée des conditions qui peuvent prévaloir ici).

Des sept tentes qu’il y avait la veille au Camp Toro, il n’en restait que deux ce soir…


Photo : Nicolas Paré

JOUR 3 — LE VENT M’EMPORTERA

Départ — Refugio Paso del Viento
Arrivée — Bahia de Hornos (Lago Viedma)
Distance — 16 km

Je croyais avoir affronté des vents violents depuis le début de la randonnée. La vérité c’est que je n’avais encore rien vu!

La première partie de journée se passait à négocier un sentier en montagne russe avec le Glacier Viedma en contrebas sur ma droite. En théorie très facile à suivre, le sentier était rendu difficile en raison du vent, qui faisait tout en son possible pour me pousser à la faute et me faire voir le Viedma de beaucoup plus près.

Tranquillement, mais sûrement, je me dirigeais jusqu’au point le plus haut du circuit : la Paso Huemul.

La Paso Huemul est le seul endroit où il est possible d’avoir une vue sur le glacier et sur le Lago Viedma en même temps. Malheureusement, il est extrêmement difficile d’en profiter.

Pour avoir une vue panoramique et complètement dégagée du Lago et du Glacier, j’avais la mauvaise idée de monter au sommet d’une colline surplombant la Paso.

Soyons bien clairs : j’ai eu ma photo, mais à quel prix! Je me retrouvais coincé au sommet. Si j’avais l’impression d’avoir eu un sèche-cheveux devant moi la veille, j’étais maintenant dans une soufflerie industrielle. C’était comme si j’étais en apnée sous l’eau ; j’avais de la misère à respirer tellement le vent m’essoufflait.

Il était futile d’offrir quelconque opposition… sauf à partir du moment où le vent changeait de côté et me poussait vers une falaise. J’ai rarement eu aussi peur.

Photo : Nicolas Paré

Pendant un bon quatre ou cinq minutes (qui semblent avoir duré une éternité), j’avais les deux pieds bien ancrés dans le sol, et le vent réussissait quand même à me faire reculer… et me pousser tranquillement vers le précipice.

Puis, le vent me donnait une petite fenêtre de répit. J’étais sauvé…

Remis de mes émotions, j’entamais la descente vers le Lago Viedma, que j’avais maintenant droit devant moi. La journée était loin d’être terminée puisque la descente se faisait sur une paroi à plus de 70 degrés d’inclinaison, sur un sentier à peine débroussaillé dans une forêt d’arbustes piquants. Je comprenais maintenant pourquoi il était fortement déconseillé de faire le circuit dans le sens des aiguilles d’une montre.

J’avais le sourire fendu jusqu’aux oreilles en pensant que j’allais passer la nuit seul sur le bord du Lago Viedma (aucune trace des deux autres tentes), un lac plus bleu que bleu, à moins de 17 km à vol d’oiseau d’une des villes les plus touristiques du continent sud-américain.


JOUR 4 — LA PLAINE LABYRINTHIQUE

Départ — Bahia de Hornos (Lago Viedma)
Arrivée — El Chalten
Distance — +/-25 km

Direction El Chalten par-delà champs et collines.

Comme il fallait s’y attendre, cette journée ne s’avérait pas aussi facile que prévu ; la multitude de sentiers alternatifs créés par les vaches broutant dans la plaine rendait le sentier impossible à suivre.

Mon conseil : au lieu de zigzaguer comme un con dans la plaine, fixez-vous un point à l’horizon (de préférence en direction de El Chalten😉) et marchez en ligne droite à travers les buissons.

Photo : Nicolas Paré

En terminant, quelques infos utiles que vous ne retrouverez pas dans les guides :

Bien que El Chalten compte 3 supermarchés, vous peinerez à trouver de la nourriture pour la randonnée. Faites vos courses à Bariloche, El Calafate ou au Chili (Punta Arenas ou Puerto Natales).

Il est difficilement possible de faire 2 étapes en 1 journée où de dormir entre les sites de camping désignés. Il vous faudra toute votre concentration pour passer au travers des jours 2 et 3, et bien que les sites de camping soient déjà inhospitaliers, ils sont de loin les endroits les plus à l’abri du vent.

Photo : Nicolas Paré

Il vous faudra un harnais et un mousqueton pour passer une rivière au début du jour 2 et à la toute fin du circuit. Je vous déconseille fortement de traverser les rivières à pied, autre que si vous ne tenez pas trop à ce qui se trouve dans votre sac (le courant est trop fort). Deux boutiques louent de l’équipement à El Chalten, mais rarement ont-ils du matériel disponible et la qualité laisse à désirer. Voulez-vous vraiment être en suspension au-dessus d’un torrent attaché à un harnais en lequel vous n’avez aucune confiance? Je vous recommande plutôt de passer à La Cordée avant votre voyage.

 

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Bleuet du Lac-Saint-Jean et architecte de formation, Nicolas a tout laissé derrière lui en mars 2013 en échange d'un sac à dos et d'un aller simple pour l'Asie. Il a succombé à l’amour du voyage et, depuis ce temps, il a fait le tour de l'Asie, travaillé deux ans au Moyen-Orient et explore de nouvelles contrées depuis avril 2016. Son actif de voyage? Plus de quarante pays visités, de nombreuses grandes randonnées complétées et une foule de sommets atteints.