Patagonia : une histoire de passion et d’écologisme

Un peu d’histoire

Un bum d’escalade, des amis, une passion et une vision. Dresser un portrait des débuts de Patagonia est presque aussi simple que ça. Mais on vous en raconte plus, ça devient intéressant.

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Yvon Chouinard, par Tom Frost (c) Patagonia

Yvon Chouinard est né au Maine de parents canadiens-français (on ne disait pas encore Québécois à cette époque). Très jeune, il déménage dans le sud de la Californie avec sa famille.

Il s’initie à l’escalade au début de l’adolescence et à l’aube de sa majorité, il décide de se lancer dans la fabrication de ces propres pitons et mousquetons parce qu’il ne trouve pas ceux offerts sur le marché à l’époque suffisamment bons.

Aventurier et passionné de plein air, il passe ses fins de semaine à Tahquitz et à Yosemite avec un groupe d’amis qui le sont autant que lui. La réputation de ces pitons et mousquetons faits à la main se répand rapidement. Il se retrouve en affaire sans vraiment s’en rendre compte.
Au début des années 60, il se déplace en auto sur la côte Ouest avec son matériel de travail. Il fabrique alors deux pitons à l’heure et les vend 1,50 $ l’unité. Il vit pauvrement, mais réalise ses rêves. En 1965, il devient impossible pour Chouinard de répondre à la demande, la solution implique l’utilisation d’outils mécaniques et de moules. Il s’associe à Tom Frost, lui aussi grimpeur et ensemble ils fondent Chouinard Equipment.

La compagnie grandit et sa sélection de produits croît aussi. Chouinard et Frost inventent et innovent pendant près de 10 ans sous la banière Chouinard Equipment. En 1970, 5 ans plus tard, l’entreprise devient même le principal fournisseur de matériel d’escalade aux États-Unis.

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The Nose sur El Capitan, par Tom Frost (c) Patagonia

Et ça devient un véritable problème…

Alors que la popularité de l’escalade récréative explose, il devient clair que les pitons en acier de Chouinard Equipment — comme ceux des autres compagnies — détruisent les parois de grimpe.

Comme il fallait poser et enlever ces pitons à chaque passage, l’érosion des parois s’accélérait grandement.
Après l’ascension de la voie The Nose sur El Capitan, Chouinard et Frost font une prise de conscience : les voies, magnifiques quelques saisons auparavant, étaient maintenant en très mauvais état. Il n’y avait alors qu’une solution : arrêter la production de pitons en acier et se lancer dans la manufacture de coins en aluminium, qui se coincent à la main plutôt qu’avec un marteau.
En 1972, c’est le revirement total. 70 % du catalogue de Chouinard Equipment est abandonné, n’étant pas assez responsable d’un point de vue environnemental. Le nouveau catalogue de Chouinard Equipment change le monde de l’escalade pour toujours. En plus de dessins techniques de nouveaux produits, on retrouve aussi des essais sur la nature et sa fragilité, comme A Guide for Clean Climbers, qui commence par une phrase très forte : « No longer can we assume the earth’s resources are limitless […] ». Un blogue de nature similaire se trouve encore de nos jours sur le site de Patagonia.

No longer can we assume the earth’s resources are limitless […]
Chouinard Equipment

Patagonia

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Catalogue Chouinard Equipment, 1972

En 1972, la marque Patagonia n’existe pas encore. C’est l’arrivée d’une ligne de vêtement sous la marque Chouinard Equipment qui amène la question de la dénomination de cette nouvelle collection : comment l’appelle-t-on? La réponse : Patagonia. Et du coup, pourquoi ne pas en faire une compagnie sœur? En 1973, la marque est née.

Pour Chouinard, l’entrée dans le monde de la vente de vêtements est une solution pour maintenir à flot une production de produits sur lesquels Chouinard Equipment se fait un très petit profit.

Patagonia commence par acheter des chandails de Umbro, la marque anglaise de maillot de soccer. Les stocks s’épuisent rapidement et Chouinard s’arrime à l’idée d’innover. Et Patagonia y arrivera.

Jusqu’alors, les alpinistes ne portent que des vêtements qui absorbent l’humidité, comme les vêtements en coton. Chouinard se penche sur les solutions qui évacuent l’humidité et qui conservent la chaleur. C’est le tournant vers les matériaux synthétiques qui s’amorce.

Un partenariat qui dure

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Patagonia et La Cordée, ce sont deux compagnies qui évoluent ensemble depuis le début des années 80. Initialement, c’est surtout des vêtements en velours (pile, en anglais) qui garnissent les présentoirs du magasin La Cordée de la rue Sainte-Catherine. Au milieu des années quatre-vingt, le décor change rapidement. Le polar est au plus haut dans la mode plein air et même dans la mode urbaine. Vous en avez peut-être encore un qui date de cette époque d’ailleurs.

Mais au-delà des vêtements, c’est aussi un ensemble de valeurs qui unit notre commerce québécois à l’internationale Patagonia : un désir d’avoir un impact positif sur notre environnement, d’un point de vue écologique, mais aussi social. C’est permettre à tout un chacun de profiter de la nature et d’avoir une qualité de vie exemplaire. Toujours aspirer à mieux.

Capilene® et Synchilla®

Les recherches de Patagonia aboutissent sur deux principales technologies : le Capilene® et le Synchilla®. D’ailleurs, le polyester Capilene® remplace rapidement le polypropylène dans tous les sous-vêtements de Patagonia.

L’avantage du Capilene®, c’est  l’hydrophobie de la fibre de polyester jumelée à sa structure. La nouvelle fibre par Pata aspire, en quelque sorte, l’humidité produite par le corps vers l’extérieur. Pour Chouinard, c’est idéal pour les sous-vêtements.

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Photo : Patagonia

La même année, en 1985, c’est le Synchilla® qui apparaît chez Pata. Laine polaire aux multiples possibilités, sa popularité explose et devient même un élément mode au-delà des groupes de plein air. C’est le début de la rapide croissance de Patagonia.

Ce développement amène, pour une deuxième fois dans l’histoire de Patagonia, son lot de problèmes à résoudre.

Cotons écologiques et équitables

Pour un homme de valeur comme Chouinard, la croissance de sa compagnie a toujours été problématique, d’un point de vue environnemental comme social. La popularité grandissante des vêtements prêt-à-porter en coton de Patagonia laisse une empreinte positive sur la marque, mais une empreinte négative sur l’environnement.

Se trouvant une fois de plus dans la position du vilain écologique, Patagonia commande en 1988 une recherche sur l’impact écologique de quatre de ses principales fibres alors en utilisation. N’ayant pas la tête dans le sable, Pata est persuadé que cette recherche arrivera à la conclusion que ce sont les fibres d’origine pétrolière qui sont les plus polluantes.

À leur grande surprise, c’est le coton qui est en tête de ce classement peu élogieux.

Des centres de recyclage du polyester et d’autres fibres plastiques étaient déjà utilisés par Patagonia, mais la solution n’était pas aussi simple avec le coton. Il fallait réduire l’utilisation de pesticides dans la production du coton. La recherche démontrait qu’une énorme partie des pesticides utilisés à l’époque, autour de 25 %, servait à la production de coton.

Il fallait réduire l’utilisation de pesticides. Après tout, la production de coton biologique était chose courante avant l’arrivée des pesticides. Il fallait retourner dans cette direction.

Depuis, Patagonia a complètement modifié sa chaîne d’approvisionnement et est même devenu propriétaire de terres à coton.

Après quelques années d’efforts constants, c’est la réussite. Depuis 1996, tous les cotons utilisés dans ses vêtements sont biologiques. Une réalité dont Patagonia est extrêmement fière.

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Photo : Patagonia

The Footprint Chronicles

Pour s’établir comme leader dans le domaine, mais surtout par souci de transparence, Patagonia lance en 2007 The Footprint Chronicle. Cette carte interactive permet à tous ceux et celles qui s’y intéressent de suivre la chaîne d’approvisionnement de la marque à travers le monde.

Des usines de fabrication aux manufactures de textiles sur trois continents, Pata nous informe aussi de la ferme de production de coton biologique, aux États-Unis. Dans chacune des fiches, on retrouve des informations précises sur la production, mais aussi des infos fort pertinentes en cette ère de mondialisation, comme les langues parlées par les travailleurs, la proportion d’hommes et de femmes qui y œuvre, et de courts paragraphes sur les conditions de travail et les projets qui ont cours dans ces manufactures.

Allez y faire un tour, c’est hyper intéressant et on réalise rapidement qu’on est très loin du greenwashing ou du socialwashing avec Pata.


La Cordée est fière de faire partie de l’histoire de Patagonia et d’offrir des produits d’une qualité exemplaire qui tente de minimiser l’impact sur l’environnement, tout en ayant un impact social positif et une influence importante.

On vous a mis l’eau à la bouche avec cette introduction sur les pratiques commerciales de Patagonia? Parcourez la section Inside Patagonia du site Web de la marque. Elle contient une mine d’or d’informations sur la marque.

 

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