Plus on est fou, plus on vit!

La première question que les gens nous posent dès qu’ils nous abordent c’est : « Où allez-vous? » Ils se doutent bien que nous ne traînons pas tout cet équipement seulement pour une longue fin de semaine de trois jours. Nous leur répondons alors que notre destination finale, c’est l’Alaska. La deuxième question qui leur vient alors spontanément c’est : « Are you nuts ? » ce qui signifie, dans la langue de Shakespeare, que nous sommes non pas des noix, mais un peu fêlés.   Est-ce que nous sommes fous? Je ne sais pas. Du moins, pas pour le moment. Sauf que…

photo9Nous crions des injures au vent en pensant qu’il va nous entendre et qu’il va changer de direction. Nous parlons à haute voix à notre odomètre pour le supplier d’avancer ne serait-ce que quelques kilomètres de plus lors d’une montée. Nous saluons les vaches en leur disant, en chœur : « Salut les filles! ». Nous dormons dans des cimetières ou des endroits illégaux, là où les coyotes nous chantent des berceuses a cappella à quelques mètres de notre nid pour essayer de nous endormir (ce qui n’a aucun effet sur Geneviève). Nous traversons des zones semi-désertiques, et ce, sans acheter d’eau embouteillée. Est-ce assez pour dire que nous sommes troublés mentalement? Peut-être. Il y a peu de temps cependant, nous avons passé le Mardi gras avec un couple de musiciens qui a décidé de traverser une partie des États-Unis. Elle sur son cheval, lui sur son vélo, ils sont accompagnés de leur chien. Nous avons aussi rencontré un gars qui s’est donné comme défi de marcher de Los Angeles jusqu’à Miami, en 100 jours. Il y a aussi ce type qui est parti pour quelques mois en vélo et qui est maintenant sur la route depuis 10 ans. Il travaille ici et là, sans se soucier de rien. Est-ce que ces gens ont l’air fou? Pas selon nous. Il faut dire que nous faisons partie de la même race qu’eux, nous ne sommes donc peut-être pas très objectifs.

photo2Selon certains, traverser la Nouvelle-Orléans en vélo, c’était très téméraire. Un peu dingue, selon d’autres. Pourtant, nous l’avons fait. Nous l’avons traversé avec tout notre bataclan et nous en sommes ressortis sains et saufs, même si nous avons été un peu ébranlés par les quartiers peu recommandés et les voitures qui nous frôlaient les mollets. Comme l’arrivée dans les grosses villes est toujours très compliquée et ardue, nous avons essayé de les éviter le plus possible. Sauf que le désir de découvrir la Nouvelle-Orléans était plus fort que tout. À notre arrivée, une personne, qui nous avait été recommandée par une amie, nous a reçus avec une hospitalité typique du sud et avec ses poules dans sa minicour, en plein milieu de la ville.

Nous sommes maintenant en terre texane. Ici, les restaurants affichent la photo de George W. Bush à côté d’une photo du Christ, les enfants reçoivent des carabines de calibre 22 pour leur 12e anniversaire et le bon vieux pick-up est le roi de la route. D’ailleurs, certaines personnes, fières de leur engin, trouvent très rigolo de ralentir tout près de nous pour ensuite appuyer sur l’accélérateur, ce qui a pour effet de nous envoyer une bonne dose de boucane noire dans le visage… Hilarant!

photo5Ici, nos casques de vélo détonnent beaucoup avec les chapeaux de cowboy. En traversant les régions désertiques avec nos vélos, il nous suffit d’entrer dans les petites villes de comté pour nous sentir comme de bons vieux cowboys. Le fait de marcher avec nos cales sous nos souliers de vélo nous donne l’impression de faire partie de la bande. Il ne manque qu’une chanson de Ennio Morricone pour compléter le tout. C’est aussi ici que nous commençons à monter des collines plutôt que des ponts. Le Texas, c’est gros à ce qu’on nous dit, et les collines le sont tout autant! Par chance, avec plus de 4 000 km dans les jambes, nous sommes d’attaque pour les monter! Dans le nord-ouest du Texas, les champs servent non pas à récolter du brocoli, mais du pétrole. On y creuse dans le sous-sol et on se demande ensuite pourquoi l’eau potable ne respecte pas les normes de qualité du gouvernement. C’est à se demander qui sont les plus fous!

Et si nous étions des cowboys des temps modernes? Si nos ancêtres étaient des aussi nomades? Dans les tribus des siècles derniers, certaines personnes étaient sédentaires et d’autres, nomades. Avons-nous traité ces derniers d’aliénés pour autant? Nous vivons présentement dans une société uniquement sédentaire. Alors, les nomades trouvent la façon de se satisfaire en embarquant sur leurs montures pour vivre comme à la belle époque, en étant convaincus qu’il reste encore une petite place pour eux.

 

Plus on est fou, plus on vit!
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