Voyager avec un « Terrible two »

Par Bertrand Lemeunier

En voyage, nous ne contrôlons pas tout, bien au contraire. Que faire alors quand un petit blond aux yeux bleus de deux ans et quinze kilos d’amour se transforme parfois en éléphant prêt à charger ? Voici quelques pistes que nous avons expérimentées et que nous continuons d’explorer durant notre périple sur deux roues en Nouvelle-Zélande.

Ne pensez pas à un éléphant sur un vélo… Ne pensez pas à un éléphant sur un vélo… Ne pensez pas à un éléphant sur un vélo…

Maintenant, à quoi pensez-vous? À un éléphant sur un vélo, n’est-ce pas? Le cerveau humain, même à l’âge adulte, ne traite pas toujours bien la négation. Ainsi, quand je dis à notre fils Léo : « Ne crie pas », « Ne jette pas ta cuillère par terre » ou « Ne fais pas tomber la télévision de notre hôte Felipe », sa compréhension n’est pas toujours bonne et le résultat, pas toujours celui qui est escompté.

Heureusement, Vanessa, ma compagne, me répète souvent de formuler mes phrases de manière positive. Ah oui… : « Léo, on parle doucement », « On pose la cuillère sur la table s’il te plaît », « On est tout doux », etc.

Pendant le fameux « terrible two », l’enfant de deux ans découvre qu’il est une personne à part entière, qu’il peut faire ce qu’il veut et ce que lui dictent ses émotions. Bref, il devient autonome et cette étape est incontournable dans son développement. Mais en voyage, comment se vit-il?

Dans la remorque

Leo_poussant_chariot_Nouvelle-Zelande_TERRATRIBUTARouler à vélo est probablement la chose qui est la plus simple à faire avec notre fils. Il faut dire que, dès son premier anniversaire, il est monté dans sa remorque pour parcourir 500 km en Pologne. Puis, il a roulé autour du lac St-Jean l’été passé. Il y est aussi grimpé lors de la Virée Nordique de Charlevoix, alors que nous étions en ski de fond et qu’il faisait -30°C.

Léo semble aimer jouer dans le confort et l’espace intérieur de sa remorque. Nous, c’est l’incroyable polyvalence et la solidité de notre remorque double Thule Chariot que nous apprécions particulièrement.

Au pays des Kiwis, Léo s’assoit de lui-même à sa place et attend que nous finissions d’ajuster nos bagages avant de donner le signal de départ : « Un, deux, trois partez wowo! »

Souvent, je parle à Léo de ce que je vois en roulant : « As-tu vu à gauche les vaches ? Est-ce que tu entends les insectes dans les arbres? Ce sont des cigales. » Vanessa, qui roule en arrière en général, intervient souvent également. Et puis, le silence prend place après un certain temps…

Le sommeil

Inévitablement, le matin ou l’après-midi, Léo fait une sieste pendant que nous roulons. Il peut ainsi dormir entre 45 minutes et deux heures par jour. Les problèmes surviennent quand il est fatigué avant que nous nous mettions à rouler. Sa fatigue est particulièrement dérangeante lorsque nous sommes arrêtés chez des gens.

Dans ses moments de fatigue, Léo a l’énergie d’un mastodonte! Il peut faire voler cuillère, journaux, télécommandes et même une poignée de cailloux (qui atterrissent sur le feu, directement dans les pâtes d’un papa un peu fâché…). À ce jour, après deux mois de voyage, le mastodonte a fait un seul dégât, qui nous a coûté 30 $. Pas si pire.

La seule chose qui fonctionne vraiment bien pour notre petite famille, c’est la diversion par le sport. Nous brûlons toute l’énergie de Léo avant qu’il aille rejoindre Gros becs et Mami, ses deux peluches de dodo. Nous courons dehors, sautons, jouons au ballon et allons jeter des cailloux dans la rivière. Ce sont de beaux instants de complicité. Parfois, ce sont même nos hôtes qui nous proposent de faire avec lui le tour du jardin ou d’aller voir les poules et les moutons.  À tout coup, la visite se termine avec le pouce droit dans la bouche et la main gauche dans les cheveux. Vous connaissez la suite? Douche (si possible), brossage de dents, pyjama, lecture et chansons avec Vanessa. Puis, nous déposons Léo seul dans notre tente spacieuse. IL pleure un peu parfois, mais notre petit ange retrouve son calme et s’endort rapidement après sa journée de découvertes.

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Petite suggestion: Ne laissez pas d’objets intéressants à votre bambin dans la tente, sous peine de retrouver votre sacoche de guidon (et tout son contenu) sens dessus dessous. Et n’oubliez surtout pas de tablette de chocolat noir dans votre sacoche…

Non!

Jeux_tente_Leo_Nouvelle-Zelande_TERRATRIBUTAParmi les premiers mots de Léo, il y a eu «  papa », « maman » et « tout doux ». La fameuse phase du « non » est toujours d’actualité dans notre cas.

Comme les enfants apprennent par l’exemple, ils répètent naturellement ce que nous leur disons. Je me souviens encore quand je lui disais de temps en temps « Arrête! ». Et je recevais quelle réponse? « ARRÊTE! », à la puissance dix! Alors maintenant, quand vient le temps de changer sa couche, de l’habiller, de prendre une douche ou de ranger ses jouets, nous lui offrons des choix. « Quelle auto veux-tu prendre avec toi ? Est-ce que tu préfères ce pantalon ou celui-ci? »

En offrant une alternative à Léo plutôt que de lui imposer nos choix, nous lui permettons d’affirmer son indépendance et son autonomie. D’ailleurs, comme l’explique la psychothérapeute et écrivaine Isabelle Filliozat : « Quand l’enfant obéit à un ordre, son cerveau frontal reste inactif. Quand vous le faites réfléchir, quand vous lui offrez des choix et lui laissez de l’espace de décision personnelle, vous lui proposez de mobiliser son cerveau frontal, celui qui permet de décider, penser, anticiper, prévoir et par conséquent de devenir responsable. »

De plus, nous essayons de présenter des consignes claires comme : « Nous allons ranger les autos dans cinq minutes. » Même si nous sommes en voyage, nous essayons de demeurer constants dans nos remarques et notre routine.

Exprimer ses émotions

« Happy baby, happy family », ça sonne bien, c’est vrai. Mais en voyage, ce n’est pas toujours le cas.

La fatigue, les imprévus, les doutes, la météo et les autres aléas du voyage nous mettent à l’épreuve. Tôt ou tard, l’un de nous peut éprouver toutes sortes d’émotions négatives comme la colère, la frustration, la tristesse, la peur ou le stress. Dans ces moments-là, nous essayons de donner l’exemple à Léo pour l’encourager à exprimer ses émotions plutôt qu’à pleurer en hurlant. « Est-ce que tu as un bobo? Es-tu fâché parce que papa a rangé les autos ? Est-ce que tu es triste parce qu’il n’y a plus de tomates ? As-tu eu peur de la statue ? »

En nous intéressant à ce que Léo ressent et en mettant des mots sur ses maux, nous l’apaisons beaucoup plus que si nous lui répondions des phrases toutes faites comme « Ne pleure pas! Calme-toi! » Il peut alors apprendre à énoncer ses émotions par lui-même, qu’elles soient négatives ou positives.

L’amour n’est pas une récompense

En voyage comme dans notre vie de tous les jours, je crois qu’il est facile d’oublier que l’amour n’est pas une récompense. Combien de fois avez-vous observé un père stressé ou une mère essoufflée qui fait face à une nouvelle crise?

Il y a quelques mois, j’étais à la piscine de La Malbaie en train de changer Léo. Un père et sa fille d’environ 5 ans sont entrés dans le vestiaire. Au bout de plusieurs minutes, une crise a éclaté à cause d’un casier. Au moment où je m’y attendais le moins, le père a dit :« Est-ce que l’on se fait un câlin? » Une, deux respirations. Le toucher qui apaise. Et hop! la fin du conflit. Pas de rancune, pas de stress. C’est ce que nous essayons de faire avec Léo. Ce n’est pas toujours facile, mais le fait d’essayer constitue un premier pas vers la réussite.

En conclusion

Randonnee_famille_Nouvelle-Zelande_TERRATRIBUTAEn y réfléchissant bien, lequel de nous trois en fait voir le plus aux deux autres durant notre voyage à vélo en Nouvelle-Zélande? Est-ce Léo, qui vit une période transitoire importante dans son développement? Est-ce moi, « le photographe et vidéaste acharné », comme le dit Vanessa? Est-ce, au contraire, elle, qui depuis trois mois déjà, porte au creux de son ventre notre deuxième enfant? Il n’y a probablement pas de réponse.

Le plus important demeure notre équilibre en tant que famille. Et les clés pour passer à travers ces crises se trouvent dans l’écoute, la communication, la patience, l’empathie et l’amour. D’ailleurs, Isabelle Filliozat termine l’un de ses livres ainsi : « Prenons le temps de profiter de chaque instant, de chaque étape de la vie de notre enfant. Ça passe toujours trop vite. Il n’y a jamais qu’une seule vraie urgence : AIMER! Le reste, après tout, est-ce vraiment si grave? » C’est vrai que le temps passe vite. Dans quelques mois à peine, Léo deviendra un grand frère. L’aventure sera différente à quatre, mais elle sera certainement toujours aussi belle!

Liste de notre équipement pour partir en voyage avec Léo

  • Remorque double
  • Casque de vélo
  • Matelas de sol pour enfant et sac de couchage
  • Combinaison en laine polaire pour le dodo (utile quand bébé bouge beaucoup)
  • Deux pyjamas
  • Doudou et deux toutous
  • Deux pantalons longs
  • Deux chandails à manches longues
  • Deux t-shirts
  • Deux shorts
  • Maillot de bain
  • Deux chapeaux
  • Bottes de pluie, sandales et espadrilles
  • Combinaison imperméable
  • Sac de jeux (dont le contenu se résume à six autos, livres, cahier de coloriage et crayons)
  • Porte-bébé Tula Toddler conçu pour les deux ans et plus (super pratique pour les randos ou pour cuisiner en paix!)
  •  Sac à couches

Pour suivre les aventures de cet inspirant trio et pour consulter une foule de photos de voyage à couper le souffle, visitez le site Web de l’auteur à bertrandlemeunier.com.

Sources :

Voyager avec un « Terrible two »
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Bertrand Lemeunier

Photographe et vidéaste chez Terra Tributa
Terra Tributa est née de la rencontre du photographe, auteur et vidéaste Bertrand Lemeunier et de Vanessa Richard, éco-conseillère et biologiste. Leur engagement est de rendre hommage à la Terre, aux femmes, aux hommes et de témoigner des changements positifs liés aux enjeux régionaux et mondiaux. L’expédition 2015-2016 rend hommage à la Nouvelle-Zélande à travers les quatre missions de Terra Tributa : explorer, rêver, informer et partager.
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