La p’tite trotte de Louis-Philippe

Je suis assis, caché à l’ombre, alors que tous les coureurs sont fébriles et qu’ils discutent avec parents et amis. Je suis en mode économie d’énergie. Un peu le contraire de tout ce qui se passe autour. Ma copine, Ariane, est assise à côté de moi, souriante. Mes enfants courent partout et me demandent à chacun de leur passage s’ils peuvent avoir une crème glacée. Il fait chaud. Je me déplie tranquillement et retrouve David, mon équipier, qui complète notre équipe. Nous sommes prêts. Le départ du 120 km de la Petite trotte à Joan sera donné dans moins de dix minutes.

La course consiste à faire l’aller-retour du parcours de 60 km, dessiné pour le festival de course en sentier Ultimate XC à Saint-Donat et elle inclut dix sommets.  Elle doit être faite en équipe pour des raisons de sécurité évidente : nous courons en autonomie (presque complète) pendant les premiers 80 km. Si l’un des deux équipiers abandonne, l’équipe est disqualifiée, car on ne peut pas compléter la course seul.  Décider d’abandonner une course seul n’est déjà pas facile, mais faire abandonner son partenaire serait une catastrophe pour moi.

14 h 00 :

Le départ est donné.

15 h 00 : 7e km, 1er sommet

photo 1Le premier et (le dernier défi du parcours), la montagne La Réserve. Au départ, la montée est facile parce que des amis nous encouragent au sommet. Cette montagne sera assurément plus difficile à faire au retour. Nous la reverrons dans près de vingt-quatre heures. David est en pleine forme et ouvre la course. Je trottine en arrière. Le paysage est superbe, la forêt se laisse conquérir. Ariane et les enfants nous retrouvent à deux endroits pour nous encourager avant la tombée de la nuit.

18 h 00 : 22e km, deux sommets parcourus

Notre pause à notre premier sac de ravitaillement (déposé là par l’organisation) est de très courte durée. Le nombre d’insectes piqueurs est astronomique! J’emporte donc avec moi un sandwich et une pointe de pizza, que je mange en courant.

Nous croisons de temps en temps d’autres équipes. Il y en a sept et tous les coureurs semblent être en super forme.

Il est 21 h 15 et nous allumons nos lampes frontales. Nous ralentissons le rythme. Le parcours se transforme. Les ombres dans la forêt créent de vraies hallucinations. Des ours et des personnes nous observent.

22 h 00 : 41e km, trois sommets parcourus

La nuit me donne quelques frousses! David et moi, plutôt silencieux de jour, discutons davantage la nuit.

1 h 45 : 60e km, cinq sommets parcourus

Après un court ravitaillement, nous amorçons notre retour vers notre point de départ à 2 h du matin. Je dois dire que gravir des montagnes, enjamber des troncs d’arbres et courir dans les fougères de nuit est une aventure complètement différente. Notre vision s’arrête à trois mètres devant nous. Nos autres sens sont amplifiés, et c’est l’odeur de la forêt qui me frappe le plus. Nous sentons presque chaque essence d’arbres que nous croisons.

5 h 30 : 79e km, sept sommets parcourus

Contempler le lever du soleil et le réveil de la forêt est unique. David et moi sommes en pleine forme et l’arrivée du jour nous donne une poussée d’adrénaline.

photo 29 h 30 : 98e km, huit sommets parcourus

Il ne reste qu’un long marécage à franchir et deux sommets à parcourir. Après vingt-et-une heures de course, nous combattons fatigue et malaises divers. Nous dévalons la montagne Noire à une vitesse que je n’aurais pas pensé pouvoir atteindre après une nuit blanche.

14 h 00 : 113e km, neuf sommets parcourus

Nous atteignons le dernier sommet, La Réserve, qui en plein soleil me fait souffrir. Je dois prendre une pause à la mi-montagne, et David doit m’attendre. Nous repartons et, malgré ma fatigue, nous dépassons des coureurs qui participent à la course du 21 km. Ce dépassement me motive comme jamais!

Une autre équipe qui prend part au 120 km n’est pas loin derrière nous. Nous décidons de l’attendre afin de terminer la course tous ensemble.

15 h 00 : 120e km, dix sommets parcourus

Nous sommes tous les quatre euphoriques lors du dernier kilomètre. Nos familles et amis nous attendent impatiemment. C’est la fête à l’arrivée. Nous avons réussi ce que je pensais inatteignable il n’y a pas si longtemps : courir 120 km sur plus de 5000 m de dénivelé positif en vingt-cinq heures!

La p’tite trotte de Louis-Philippe
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