Les crinqués du CCLC : Montréal-Québec

Samedi dernier, c’était le grand défi de la saison du Club Cycliste La Cordée : rejoindre Québec à partir de Montréal, par le Chemin du Roy sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent. Une balade de 261,5 kilomètres, de l’aube à la fin de l’après-midi.

cclc5Pour plusieurs, c’est une troisième année consécutive avec le Club. Pour d’autres, comme moi, c’est notre première année. Pour tous, la saison de vélo est bien avancée. Plusieurs ont déjà cumulé quelques milliers de kilomètres au compteur lors des entraînements hebdomadaires du mercredi soir et des sorties dominicales à l’extérieur de Montréal.

Malgré tous ces entraînements, c’est un premier baptême d’endurance sur route pour presque tous, plusieurs ayant multiplié les sorties d’un maximum de 100 à 150 kilomètres pendant la saison. C’est donc un défi de taille. Doubler la distance qu’on parcourt en une journée n’est pas une mince tâche et ça demande évidemment préparation et sérieux.

Grâce aux judicieux conseils de Pierre, notre entraîneur, on a tous pu mettre en branle les mesures à prendre pour bien s’alimenter et bien s’hydrater pendant la semaine précédant l’événement. Des repas et des quantités d’eau à consommer au déjeuner le matin du départ, tout nous avait clairement été enseigné par notre coach.


4 h 30 samedi matin

Le soleil ne se pointe pas encore le bout du nez que mon réveil me signale que la nuit est terminée. Je saute du lit pour ne pas succomber à l’envie du snooze et je me glisse vers la cuisine pour brancher ma bouilloire électrique afin de préparer l’eau de mon gruau et de mon café.

J’enfile quelques dattes et je dévore une banane, puis je plonge dans mon bib bien beurré de Chamois Butt’r, une crème à chamois qui fera de petits miracles pour garder mon arrière-train bien hydraté.

Photo : Fannie Denault
Photo : Fannie Denault

5 h

Annie, une collègue qui nous suivra en auto, m’attend à la porte, je mets mon vélo sur une épaule et prends mon sac de nourriture et de vêtements sur l’autre. On glisse le tout dans le coffre et sur le toit de la voiture, puis on se met en route pour notre point de départ : le centre de distribution de La Cordée à Montréal-Est.

6 h

Pierre nous donne ses dernières indications avant le départ : sécurité avant tout, comme à l’habitude, mais aussi plaisir et bonne humeur, sans oublier les conseils nutritionnels qui aideront certainement nos performances. Il nous souhaite bonne chance. Quelques cyclistes, dont notre coach, feront la route avec nous à partir de Trois-Rivières.

Photo : Fannie Denault
Photo : Fannie Denault

6 h 20
C’est le grand départ. Nous avons une soixantaine de kilomètres à parcourir entre Montréal et Berthierville, notre premier point de ravitaillement. La route est calme et bonne, malgré un léger vent de face. La lumière du matin nous réchauffe et nos jambes se délient.

Après notre départ, deux groupes se forment. Le premier avec une vitesse moyenne projetée d’environ 28 km/h, et le second avec une vitesse moyenne autour de 25 km/h.

En réalité, comme chaque sortie, la vitesse moyenne réelle est bien plus élevée. Si bien qu’une fois à Berthierville, le groupe rapide avait une vitesse moyenne de près de 32 km/h.

Cette vitesse peut paraître élevée, et elle l’est, mais le partage de l’effort en peloton assure une réduction de l’effort de chacun des cyclistes. Et plus on est loin à l’arrière du peloton, plus on est protégé du vent, et moins on a à forcer pour avancer rapidement.

8 h 45

Berthierville. On ne s’aventure malheureusement pas dans le village en bordure du fleuve, mais on s’autorise tout de même une pause pipi et bouffe à l’épicerie. On remplit nos bidons d’eau, oranges et bananes nous sont offertes et on s’empiffre de quelques barres énergétiques.

Pour avoir assez d’énergie pour toute la journée et pour rester hydraté, Pierre nous avait indiqué que nous devrions consommer minimalement un bidon d’eau additionnée d’électrolytes à l’heure ainsi qu’une barre énergétique de notre choix.

La nourriture de performance étant ce qu’elle est, on ne fait pas l’essai de nouveaux produits pendant un défi comme celui-ci, sinon problèmes gastriques assurés! Croyez-moi sur parole!

output_kWqZR29 h

On reprend la route vers Trois-Rivières. Le soleil se fait toujours un peu plus présent, surtout que la 138 quitte la fraîcheur du bord du fleuve pour s’engouffrer dans les champs de Saint-Barthélémy, de Maskinongé et de Louiseville.

On note, au rythme des coups de pédales et des dépassements de camions, que la très grande majorité des automobilistes et des camionneurs se conforment à l’espace vital de 1,5 mètre, qui a maintenant force de loi, lors des dépassements du groupe. Un détail qui ajoute énormément à la bonne humeur.

Bonne humeur qui dure jusqu’au moment où l’un de nos comparses crie « flat », et qu’un deuxième en fait autant. Pause obligatoire.

Plus compliquées que prévu, les crevaisons sont doublées d’un flanc de pneu déchiré et, chose rare, d’une chaîne brisée.

La route reprend et le groupe trace son chemin jusqu’à Trois-Rivières, but de mi-journée qui nous est annoncé par la silhouette lointaine du pont Laviolette, sous lequel on s’arrête pour une troisième crevaison en ce dimanche matin. Une pause bien reçue par mon corps qui arrivait au bout de sa réserve d’énergie.

11 h 15

Pause dîner. 132 kilomètres au compteur, les jambes sont encore bonnes. On s’étire, on mange, on jase. Le plaisir règne, c’est la clé de la réussite.

Photo : Fannie Denault
Photo : Fannie Denault

Midi

On repart de plus belle. On traverse la zone urbaine de Trois-Rivières, puis on reprend la route 138, qui longe le fleuve et dont la beauté ne cesse d’éblouir. Peu après Champlain, on croise une rivière sur un pont à voie unique et une autre, sur un pont métallique… et c’est la crevaison, une fois de plus. Assortie à un pneu déchiré, évidemment. Heureusement, nous avions un pneu de rechange pour notre ami.

C’est le moment de s’étendre, de boire de l’eau, de s’étirer de nouveau. Mon corps commence à être bien endolori. Et la chaleur du soleil de midi se fait sentir.

14 h

180 kilomètres. Je viens de battre mon record personnel de distance. Il en reste encore 80 et je ne vois pas le bout.

Un collègue me dit à la blague : « Ne reste qu’à faire un marathon maintenant! », en référence aux distances ahurissantes des triathlons Ironman.

Mon énergie baisse dramatiquement. Je suis tant bien que mal le groupe et je prends des relais de quelques secondes seulement. Impossible pour moi de suivre la cadence. À près de 200 kilomètres parcourus, on roule toujours à des vitesses variant entre 34 et 37 km/h. Ce n’est pas le Tour de France, mais ce n’est pas non plus une balade du dimanche.

Sortie Oka-6 - YK15 h

Près de 210 kilomètres au compteur. Je perds le groupe. Mon corps ne répond plus. Roger (le même Roger qui était au Mercredis de Terrebonne), qui nous suit avec le camion de retour, s’approche de moi et me dit : « Ça va, Gab? Tu continues? » Je lui réponds que oui, pour l’instant, je continue, tant bien que mal. « Envoye, crinque-moi ça! Lâche pas! »

Les lumières s’éteignent. Je glisse vers l’extérieur du pavé. Je roule dans le gravier. C’est terminé pour moi.

Après tout, c’est pour le plaisir que je fais cette sortie et je ne suis pas peu impressionné de ma performance.

On embarque mon vélo dans la remorque, je saute dans le siège passager et j’avale deux bouteilles d’eau.

Je fais le reste de la route vers Québec en auto, en suivant le groupe dans une autre voiture suiveuse, avec une amie.

Les 50 derniers kilomètres n’ont rien de facile : les quelque 500 mètres de dénivelé vertical qui composent le parcours se trouvent tous dans cette portion.

17 h 45

C’est une arrivée à Québec à bout de souffle, remplie d’endorphine et pleine de la fierté d’avoir accompli quelque chose de grand qui attend tous les cyclistes .

Franchement, chapeau à tous les membres du Club Cycliste La Cordée!


 

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