À l’assaut de l’Irlande sur deux roues

Par Maxime Durand

Il m’est très difficile de résumer mon expérience de cyclotourisme en Irlande.  Simplement parce que chaque jour de ce voyage épique mériterait un billet de blogue. Pendant un mois, mon amie Laurence et moi avons découvert le sud de l’Irlande en vagabondant sur nos montures de métal. Un mois pendant lequel la beauté de la nature irlandaise et l’hospitalité de ses habitants m’ont ébahi.  Vous trouverez ici quelques morceaux de cette aventure.

Tout d’abord, j’aurais envie de dire que si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une seconde à retourner en Irlande.  Ceci dit, avec du recul, je réalise qu’avec un tout petit peu plus de sagesse et de préparation, je pourrais refaire ce voyage avec plus de facilité.  Or, quand je suis parti pour l’Irlande, après avoir planté des arbres en Saskatchewan pendant trois mois et vécu dans une tente, je crois que j’avais oublié ce qu’était le confort. Donc, Laurence et moi avons décidé d’aller braver l’Irlande à vélo avec une tente et un minimum de bagages.  Pourquoi l’Irlande? Parce que la nature y est magnifique, et qu’un de mes frères y est allé et en est revenu les yeux pleins d’étoiles.  Pourquoi l’Irlande? Pour de la bière Guinness, bien sûr!

À destination, nous avons pris le départ à Cork, une grande ville à l’extrême sud de l’île.  Tout juste avant notre premier coup de pédale, nous avons dégusté une première pinte à la santé de nos esprits fougueux. Je dois dire que les pubs irlandais sont très différents des tavernes québécoises.  Tout comme au Québec, certains clients commencent leur « quart » de beuverie à tout temps du jour, mais ce qui fait leur grande distinction, c’est la présence de femmes, de familles et de musiciens.  Je me suis aussi fait tâter les cuisses par une dame trois fois mon âge qui chantait des chansons incompréhensibles, alors même que commençait notre voyage.  Ça promettait!

Si l’on est certain de voir de la neige au Québec en hiver, il est d’autant plus certain de voir de la pluie en Irlande.  Il pleut tous les jours… ou presque.  Il faut donc toujours garder à portée de main les imperméables, les couvre-chaussures et les gants de néoprène.  Heureusement, la pluie tombe plutôt par intermittence et ne dure pas toute la journée.  Parfois, il suffisait d’enfiler nos vêtements de pluie pour que, par le temps qu’on s’arrête et qu’on s’habille, la pluie cesse.  Chaque percée de soleil qui suivait une ondée était d’un réconfort sans pareil. Elle nous réchauffait et faisait ressortir le vert éclatant de la végétation : un vert caractéristique des îles britanniques.

Arrêté le long des clôtures de pierres qui bordaient les routes, je dégustais, à profusion, les mûres qui y poussaient.  Ces mêmes clôtures délimitaient les pâturages remplis de moutons.  Impossible de ne pas se prendre au jeu et de les imiter en passant (bêêêêh!!).  Et c’est là que résidait tout le plaisir et le luxe du cyclotourisme : pouvoir s’arrêter quand bon nous semble pour savourer chaque petit instant.  Pas besoin de chercher un espace de stationnement pour admirer une fleur, une vue imprenable ou pour cueillir en toute impunité des tonnes de mûres.

Si, en vélo, il est possible de s’arrêter plus aisément qu’en voiture ou en autobus, il faut penser que lorsque la pause contemplation est longue, il faut pédaler vite ou parfois dans la noirceur pour arriver à destination.  Les quelque quatre-vingts kilomètres quotidiens que nous avions planifiés de faire se terminaient donc parfois à l’heure du lunch, ou parfois à la frontale, à la recherche d’un site pour planter notre tente. Aux trois jours en moyenne, nous nous offrions une nuit en auberge de jeunesse ou chez l’habitant, question de profiter d’une bonne douche chaude.  Le reste du temps, nous posions notre tente là où nous le pouvions.  Nous cuisinions sous une bâche qui allongeait le vestibule de notre tente compacte.  C’était évidemment aussi notre zone de toilette, notre salle de lavage, notre salon et le lieu où nous réalisions que nos cuissards de vélo étaient encore mouillés de la veille.  On peut dire aisément qu’à défaut d’être au sec, la laine mérinos et le pédalage nous gardaient généralement au chaud.  Si je refaisais ce voyage, je profiterais davantage du simple luxe d’un site de camping officiel ou des multitudes de B&B qui pullulent un peu partout sur l’île.

Notre itinéraire consistait à partir de Cork pour nous rendre à Kinsale, plus au sud. Ensuite, nous longions la côte ouest pour remonter vers le nord, le plus haut possible, jusqu’à la région du Connemara.  À vélo, la côte ouest, plutôt vallonnée, nous donnait de longues montées, et donc, de longues descentes. En chemin, nous sommes passés par des sites incontournables comme les magnifiques Cliffs of Moher, la musicale Doolin, la passe montagneuse de Ballaghasheen et j’en passe. Chaque jour de ce voyage pourrait remplir à lui seul un billet de blogue.

En chemin, nous avons décidé de passer par la dynamique ville étudiante de Galway.  À un jour de cette étape, et à la fin d’une journée misérable de cyclisme sous la pluie, nous nous sommes arrêtés à Kinvarra. Nous nous attendions à dormir dans l’auberge de jeunesse du village, comme suggéré dans le guide Cycling in Ireland de Lonely Planet que nous traînions dans nos bagages. Malheureusement, depuis la publication du guide, l’auberge avait fermé ses portes et le petit village n’offrait plus aucune autre option d’hébergement. Debout sous la pluie battante, nous étions légèrement désemparés lorsqu’un homme, sorti d’un pub adjacent à l’auberge, s’est approché de nous. D’emblée, il s’est justifié : « Bonjour ! Mon nom est Paul. Je célèbre mon anniversaire de mariage au pub avec mon épouse Anna avant de rentrer souper à la maison.  Je ne veux pas vous embêter, mais je vois que vous semblez dans une mauvaise passe. Je peux peut-être vous aider? »  Après leur avoir expliqué notre problème d’hébergement, Anna et Paul, deux professeurs d’université, nous ont invités dans leur maison où nous avons été conviés à partager un festin de champagne et d’agneau.  Rien de plus surréel ne pouvait plus nous arriver. Nous étions physiquement au bout du rouleau et en grand besoin de réconfort. Nos hôtes, qui vivaient dans une tente-roulotte depuis une dizaine d’années, construisaient en parallèle une maison au design unique qui serait bientôt achevée.  Le premier étage servirait de centre de transformation de la viande pour les agneaux qu’ils élevaient. Honnêtement, en plus de leur amabilité sans borne, Anna et Paul Gibson (comme la guitare) étaient vraiment des êtres fascinants.  Ce genre de rencontre était légion en Irlande.  Évidemment, certains autres interlocuteurs édentés étaient parfois moins compréhensibles… mais pas nécessairement moins attachants.

Après notre séjour à Galway, nous nous sommes dirigés vers le Connemara.  Les paysages de cette région étaient dans un état de désolation totale.  De petits arbustes tentaient de survivre tant bien que mal au travers des tourbières soumises à de forts vents. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la pluie tombait à l’horizontale cette fois! Et, étonnamment, malgré la pluie battante, nous avons eu toute la misère du monde à trouver de l’eau potable.  Lors de notre dernier soir dans cette région, nous étions tellement désespérés que nous avons fait cuire un sachet de nourriture lyophilisée (notre bouffe de recours ultime) avec de l’eau de mer, que nous avions fait bouillir au préalable. Si vous avez envie de reproduire ce que nous avons vécu cette soirée-là, vous pouvez simplement vous imaginez en train d’engloutir une grosse cuillère de sel… À la suite de ce repas salé (c’est le moins qu’on puisse dire!) et d’une succession d’autres défis, nous avons choisi de prendre l’autocar pour nous rendre de Clifden, à Waterford. De retour au sud de l’Irlande, la température était beaucoup plus clémente et ensoleillée.

Après les paysages dramatiques de l’Atlantique, nous avons découvert un panorama qui comptait des forêts et des vaches.  Cette fois-ci, notre trajet nous a menés à Wicklow, en passant par l’intérieur des terres et par Kilkenny. Le château de Kilkenny est une pièce d’architecture exceptionnelle qui marie 700 ans d’évolution.  Le plus drôle, c’est que dans les pubs de Kilkenny, on a été incapable de trouver la bière du même nom. C’est aussi dans les environs de Kilkenny que nous avons pu partager quelques kilomètres en compagnie d’équipes cyclistes professionnelles.

Nos derniers jours nous ont amené vers Wicklow où nous avons pris le train jusqu’à Dublin. Après avoir jalonné l’Irlande pendant un mois, nous avons réalisé que Dublin était une ville magnifique, et ce, malgré ses bières doublement plus chères qu’ailleurs dans le quartier de Temple Bar.  Nous avons aussi réalisé que Dublin, ce n’était pas l’Irlande. Tout comme Montréal à elle seule ne représente pas le Québec.

Sur ce, le dernier conseil que je pourrais donner à celles et ceux qui voudraient s’aventurer en vélo en Irlande, c’est de s’équiper d’un outil d’orientation routier (GPS, téléphone intelligent, etc.) Simplement parce que l’héritage du colonialisme britannique a laissé des traces du système impérial sur les bornes routières. Pendant le voyage, ces dernières passaient malheureusement du kilomètre au mile sans avertissement… Pas facile de s’y retrouver! Mais, malgré la signalisation routière un peu chaotique du pays, cette phrase guidait souvent nos journées : « No matter how lost you may feel, it’s probably only a few kilometers to the nearest pub ».

 

Je vous ai donné envie de partir en Irlande (ou ailleurs) pour faire du cyclotourisme? Voici le matériel que je vous propose d’apporter sur la route :

 

 

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Ancien employé de La Cordée, Maxime a appris à faire du ski de fond avant de se mettre à marcher (du moins, c’est ce que sa mère prétend). Tout jeune, c’est l’escalade qui lui a ouvert les portes du plein air. De tempérament curieux, il a pratiquement essayé tous les sports de plein air. Bien qu’il se définisse comme un sportif hyper actif, il finit souvent par se retrouver derrière une pile de livres pour gagner sa vie d’historien. Et quand il n’a pas le nez dans un bouquin ou qu’il n’est pas en train de jouer dehors ou de jardiner, fourche à la main, Maxime sème la terreur dans les soirées de jeux de table avec ses amis.
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