90 km d’aventure pour 30 jeunes du Nunavik

Arnaud Janvier
Membre de l’équipe de Kangirsuk

Issus de quatre communautés du Nunavik, les JEUNES KARIBUS qui se sont lancé le défi de rejoindre la communauté d’Aupaluk en ski de fond ont aujourd’hui de quoi être fiers de leur exploit.

Le 18 avril dernier, après cinq jours et 90 km de ski de fond en autonomie dans la toundra, toutes les équipes ont franchi la ligne d’arrivée d’Aupaluk, le sourire aux lèvres et le cœur rempli d’émotions.

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Deux jours avant le grand départ, l’équipe de Kuujjuarapik arrive à Kangirsuk… Les cofondateurs et gestionnaires du projet JEUNES KARIBUS, Maxime Saunier et sa collègue de Fusion Jeunesse, Zoé Kronenbourg, font la connaissance de l’équipe de Kangirsuk, menée par moi-même, Arnaud Janvier, et par Simon Trumpickas.

La veille de notre départ, la météo se dégrade. Nous assistons à un blizzard digne du Grand Nord. Pourrons-nous partir demain? En attendant, tout le monde met les bouchées doubles pour compléter la préparation de dernière minute : achat de matériel, réunion avec les guides en motoneige, répartition des tâches et organisation de l’équipement. Après une longue journée de travail, c’est le temps d’aller nous reposer et d’espérer que le vent se calmera.

C’est l’heure du départ!

Jeudi 14 avril 2016 – Dès 7 h, les participants sont déjà en action. L’école ressemble à une fourmilière. Tout l’équipement et la nourriture pour les cinq prochains jours sont chargés dans les traîneaux des guides en motoneige.

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À 9 h, sous un beau soleil du printemps, famille, amis, élèves et skieurs se regroupent devant l’école où sera donné le coup d’envoi de l’expédition. Monsieur Elijah Grey, l’ancien maire de Kangirsuk, prend la parole et fait une prière pour les JEUNES KARIBUS.

Après les dernières accolades d’encouragement, Simon, l’équipe et moi chaussons nos bottes de ski. C’est parti! Nos partisans nous suivent jusqu’à la rivière. Nous sommes motivés à franchir les presque 100 km qui nous séparent d’Aupaluk, l’endroit où nous ferons la rencontre des équipes de Kuujjuaq et Tasiujaq.

Les difficultés de la première journée

Grâce au blizzard de la veille, la glace de la rivière a été recouverte de neige fraîche. La traversée est donc bien plus facile que prévu. Par contre, avec le vent qui se lève, l’excitation du départ tombe rapidement et la fatigue se fait sentir. Les derniers kilomètres de la première journée sont épuisants. Les guides de ski encouragent les jeunes et les aident à atteindre leur destination.

Arrivés au premier camp, nous savons tous que la journée n’est pas tout à fait terminée. Nous avons tous d’importantes responsabilités à assumer après notre journée de ski : préparer les repas, faire fondre de la neige pour s’hydrater, alimenter les poêles à bois, installer les toilettes, etc.

Un élan après l’autre

Jeunes Karibus 2016-95Un peu de repos, un ventre plein et des mots d’encouragement forment un remède étonnant pour revigorer nos troupes. Chaque soir, les accompagnateurs et les guides font un bilan de la journée avec les jeunes. lls discutent de ce qui a bien été et de ce qui pourrait être amélioré.

« La première journée, nous revenons sur la difficile fin de journée. Nous conseillons aux jeunes de ne pas penser à l’expédition dans sa globalité, mais de vivre plutôt le défi un jour à la fois. Nous leur rappelons également qu’il ne faut pas se concentrer sur tout le chemin qu’il nous reste à faire, mais sur celui que nous avons déjà parcouru »
Simon Trumpellia, coaccompagnateur

Le lendemain matin, tout le monde est sur le pied de guerre pour franchir les 20 km au programme.

Les deuxième et troisième journées de ski sont tout aussi longues et fatigantes que la première, mais les jeunes ne baissent pas les bras, même quand cela devient difficile. Ils écoutent les conseils et sont réceptifs aux encouragements. Ils font confiance, ils veulent aller au bout et, surtout, ils croient en eux.

Les jeunes comprennent rapidement que la clé de la réussite, c’est aussi de se changer les idées pendant les pauses et les repas. Nous faisons donc de nombreuses blagues. Nous faisons du ski alpin sur les pentes que nous croisons et organisons des courses. Les jeunes se visitent d’une tente à l’autre pour jouer aux cartes. Toute cette énergie positive, qui amène nombre de sourires sur les visages, facilite énormément la poursuite de la route.

Quand la météo se gâte

Jeunes Karibus 2016-2Dans le Grand Nord, il faut avoir l’expérience du climat pour choisir un lieu sur lequel il est possible d’établir un camp. Comme la toundra est un terrain quasi plat et sans arbre, elle n’offre que peu de protection contre le vent. Nos tentes sont donc parfois montées au milieu de nulle part, ce qui n’avait pas posé de problème… avant la troisième nuit de camping.

Sous la tente pour la troisième fois, le vent se lève, avec des rafales allant jusqu’à 70 km/h. Au petit matin, les conditions n’ont pas changé et la visibilité est mauvaise. Il est impossible de démonter les tentes et d’installer un quatrième camp. Nous choisissons de rester au troisième camp pour une journée supplémentaire.

Une décision qui constitue un mal pour un bien parce que les JEUNES KARIBUS sont épuisés de leurs trois jours et 57 km de ski de fond. Les sortir du lit devient de plus en plus difficile. Ils sont donc tous ravis de pouvoir retourner dans leur duvet.

Une belle vie de camp se met en place pendant la journée. Les skieurs et les guides en motoneige passent du temps ensemble. Ils en profitent pour jouer, chanter, discuter, cuisiner, rire et prendre le temps de se reposer.

Une arrivée triomphale

Jeunes Karibus 2016-1 (1)Après une bonne journée de repos, tous les jeunes n’ont qu’un objectif en tête : remettre leurs skis pour franchir la ligne d’arrivée d’Aupaluk. Mais nous devons d’abord prendre les motoneiges puisqu’il est impossible de skier 35 km en quelques heures pour arriver à temps pour accueillir les équipes de Kuujjuaq et Tasiujaq, qui arrivent en après-midi. Les motoneiges nous transportent à 15 km de notre destination finale.

Un chaud soleil devant un ciel bleu clair jumelé à un vent de dos et de la neige glissante ; les conditions sont parfaites pour la dernière journée d’expédition. Portés par l’enthousiasme des troupes, nous skions vite. Après une dernière colline, nous traversons la baie et apercevons finalement les maisons de la plus petite communauté du Grand Nord québécois. Plus que six kilomètres à parcourir…

Une masse de partisans attend : des élèves de l’école avec des affiches, des habitants d’Aupaluk et des membres des familles des jeunes venus de Kangirsuk et de Kuujjuarapik pour nous accueillir. Notre équipe de skieurs se met en file pour passer au milieu des derniers blocs de glace et se mêle à la foule, happée par un tonnerre d’applaudissements et une tornade d’émotions.

Après des accolades chaleureuses, nous avons tout juste le temps d’être conduits à l’école pour savourer une collation généreusement offerte par les enseignants d’Aupaluk, car les équipes de Kuujjuaq et de Tasiujaqsur sont sur le point d’arriver de l’autre côté du village. Nous voulons être présents pour les encourager à notre tour.

Après une bonne douche chaude bien méritée, tous les JEUNES KARIBUS, ainsi que les membres de la communauté d’Aupaluk, se retrouvent au gymnase de l’école, à l’occasion d’une fête communautaire organisée par la direction de l’école et les enseignants. C’est dans la joie et la fierté que se termine cette superbe aventure.

Nos jeunes prennent l’avion dès le lendemain matin afin de retourner dans leurs communautés respectives et de célébrer, à nouveau, leur réussite, après plus de huit mois de préparation et d’entraînement!

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