Transporter son équipement photo en montagne

Qu’est-ce qui a mené à cet article?

J’ai trop souvent entendu cette question avant de partir à l’aventure : « Est-ce que je devrais prendre une bonne caméra avec moi ou pas? » Vu mon choix de vocation, je suis à peu près toujours équipé d’un bon équipement photo pour capturer les moments lors de mes séjours en plein air. À l’aide de ce billet de blogue, je vais tenter de vous convaincre à votre tour de transporter ce qu’il vous faut afin de rapporter des souvenirs mémorables, peu importe les conditions.

Voir l’article suivant: « La Cordée s’installe à Québec dès la mi-avril »

Kvaløya, Norvège

Yan, Peux-tu nous parler de ton travail en quelques phrases?

Le plein air, notamment la montagne et la rivière font partie de moi depuis que je suis au monde. J’ai occupé plusieurs postes dans l’industrie du ski, un domaine qui me passionne toujours, d’ailleurs. Parallèlement, j’ai complété deux baccalauréats, le premier en beaux-arts et l’autre en design graphique. J’ai réussi à jumeler arts visuels et plein air en travaillant comme photographe d’aventure à temps plein. De plus, je suis cofondateur d’une entreprise de photographie d’aventure.

Aemmer Couloir, mont Temple, Alberta

Tout d’abord, quel genre d’équipement utilises-tu en plein air?

Tout d’abord, j’ai un appareil photo reflex numérique (DSLR), avec une sélection d’objectifs tout dépendant du mandat ou de la nature de ma sortie. Généralement, je transporte d’un à quatre objectifs en milieu éloigné. Je prends aussi un trépied compact et léger si je sais que je passerai la nuit et que la vue en vaudra la peine.

Pour les gros projets, j’aurai aussi un drone photographique pour avoir une perspective aérienne.

J’ai généralement plusieurs piles pour alimenter ma caméra, ainsi que quelques accessoires, dont plusieurs filtres pour mes objectifs.

L’important, c’est d’être bien organisé et de se trouver un système efficace pour transporter le tout. Avec un bon système de transport adapté, on en ressort un maximum d’avantages, dont une économie de temps (on dépense moins de temps à fouiller dans le sac pour le bon accessoire) ainsi que la protection de l’équipement et une efficacité quant à son bon déploiement.

Storvasstinden, Alpes Lyngen, Norvège

Yan, comment arrives-tu à organiser tout cela en plus d’avoir ton matériel de plein air?

J’avoue que ce n’est pas évident. Il faut tout d’abord se trouver un sac adapté à l’activité et qui facilitera l’organisation du matériel photo. Les sacs à dos conçus spécialement pour la photo sont intéressants, mais ils peuvent souvent être très dispendieux.

Par ailleurs, il n’est pas toujours possible d’essayer avant d’acheter, et les sacs pour la photo sont plutôt lourds en comparaison avec un sac à dos technique. J’opte donc pour un bon sac d’escalade alpine ou de randonnée de ski.

À moins d’être dans les tropiques, j’utilise les mêmes sacs pour quasiment toutes mes activités, y compris la simple randonnée en forêt. Mes sacs sont généralement légers et minimalistes et ils sont plus durables que la majorité des sacs de randonnée avec leurs panneaux de maille qui favorisent la ventilation.

J’aime bien la polyvalence d’un sac léger qui peut être compressé au besoin, lorsqu’il est vide. J’utilise un sac avec un accès latéral pour faciliter l’accès rapide à ma caméra, sans avoir à enlever le sac. Nul besoin d’une énorme armature… mon sac sera bien rempli et le soutien sera naturellement assuré par le matériel rigide qui s’y trouvera.

L’idéal, c’est un sac avec un minimum de gadgets pour éviter les excédents de poids, et aussi pour éviter les bris. Si je peux accrocher deux piolets, deux skis et un trépied, je suis content. Le reste de mon matériel est logé à l’intérieur du sac ou sur ma sangle d’ajustement, à la hanche. « Less is more! »


Je protège mon appareil photo d’un sac conçu à cet effet. Il est légèrement coussiné et isolé. Il est conçu pour être transporté de différentes manières et j’adore la polyvalence qu’il m’offre (voir photos). Chacun de mes objectifs transportés à l’extérieur du sac est protégé de la même façon. Ils sont aux côtés de mes hanches ou alors placés un par-dessus l’autre dans mon sac à dos, afin de m’en faciliter leur accès par l’ouverture latérale du sac.

Le trépied est fixé à l’extérieur du sac, un peu comme des piquets de tente. Mon drone, un Mavic Pro, je le place à l’intérieur du sac. C’est un appareil plutôt fragile alors il est positionné sur le dessus du reste du contenu. Au lieu d’un sac accessoire trop cher conçu spécialement pour le drone, je range le Mavic Pro dans un sac à crampons semi-rigide que j’ai isolé d’un côté avec un bout de matelas. Le drone rentre parfaitement. Un étui taillé sur mesure n’aurait pas fait mieux!

Comme vous avez pu le constater, je ne voyage pas souvent léger (concernant le matériel photo). C’est pour cette raison que je fais des choix judicieux pour ce qui reste de mon équipement. Je tente de choisir le matériel de plein air le plus adapté à mon activité, c’est-à-dire léger, mais durable.


Tu transportes tout cela même sous la pluie et la neige? Même quand il fait très froid?

Absolument! C’est quand il ne fait pas beau dehors que j’obtiens les résultats les plus intéressants! Lorsque les éléments sont déchaînés, c’est là que « l’expérience terrain » embarque. Il y a moyen de bien protéger son équipement en faisant des transitions rapides et de capturer le bon moment… au bon moment!

J’ai des couvre-sacs pour protéger mon équipement de photo dans les orages de pluie et mes sacs à dos sont généralement résistants à l’eau. Dans ces conditions, je garde tout à l’intérieur du sac.

Il existe plusieurs petits trucs pour gérer son matériel lorsqu’il fait froid. Je garde mes piles de rechange loin du vent et même si mon manteau de duvet placé dans mon sac ne génère pas de chaleur, il est parfait pour y cacher mes piles et les articles fragiles.

S’il fait un froid sibérien, je peux réchauffer des chauffe-mains jetables dans mes gants puis les transférer à mes piles en les entourant d’un simple élastique. La chaleur empêche que la pile se vide de façon précoce.

J’évite de visionner l’écran de ma caméra, car cela dépense beaucoup d’énergie de la pile.

Les transitions d’un milieu froid à un milieu chaud et humide peuvent être particulièrement catastrophiques pour l’équipement photo. Par exemple, passer une journée entière en escalade de glace, ensuite rentrer dans un chalet chauffé au bois. On aurait tort de sortir la caméra du sac à ce moment. C’est une bonne pratique de laisser la caméra dans son sac afin qu’elle se réchauffe naturellement, tranquillement.

Icefields Parkway, Alberta

Quelle est la meilleure façon d’avoir la caméra à proximité, mais sans l’avoir dans les jambes?

Tout dépend de l’activité. Lorsque je monte en peaux d’ascension, je préfère avoir mon appareil photo devant moi, fixé sur mes deux sangles d’ajustement de sac à dos à l’aide de deux mousquetons d’escalade. Cela permet d’avoir le champ libre pour mes mouvements de bras.

Avant d’entamer une descente, je range la caméra dans mon sac à dos et je la sors au moment opportun. J’ai souvent observé des skieurs massacrer leur caméra accrochée à leur côté, à la hanche.

En escalade, j’aime bien avoir l’appareil photo sur la sangle de ceinture si la voie n’est pas trop acrobatique. Par contre, si la voie est plus exigeante, j’installe l’appareil à la poitrine.

En randonnée, je préfère l’avoir à la ceinture pour éviter d’encourager la transpiration à la poitrine. En terrain plat ou en ville, je transporte le même sac de caméra, mais en bandoulière.

J’adore la simplicité et je tente de donner une deuxième vie à mon matériel de plein air en l’incorporant dans mon système. J’ai bricolé une courroie pour mon appareil photo avec une vieille sangle à boucle qui ne m’inspirait plus confiance pour l’escalade, mais qui pouvait certainement encore servir ailleurs. Je la fixe à mon sac de caméra à l’aide d’un nœud et d’un mousqueton de l’autre côté. La sangle à boucles me permet d’ajuster la hauteur d’arrimage de la caméra, selon mes besoins.

Surtout, les impacts avec la caméra sont à éviter, et il ne faut pas oublier l’ergonomie!

Conseillerais-tu d’apporter le même matériel en haute altitude?

Absolument! À moins d’être guide à temps plein, quelles sont les chances d’être dans ce type d’environnement à plusieurs reprises? Je ne suis pas du genre à me concentrer sur la quantité d’images. Je me contente de prendre moins de clichés, mais lorsque je compte immortaliser quelque chose de marquant, j’y rajoute une attention spéciale.

Lors d’une expédition en Chine à plus de 7 500 mètres, j’ai transporté deux caméras (dont une argentique et l’autre pour la prise de diapositives) et j’en ai tiré de bons clichés qui sont maintenant encadrés.

J’ai déjà été guide en montagne et j’ai souvent transporté des charges plus lourdes qu’habituelles. Cela m’a permis de m’habituer aux surplus de poids. Conséquemment, je trouve que le poids de mon équipement photo est devenu plutôt insignifiant comparé à tout ce que je devais transporter pour mes clients.

Le poids… on s’y habitue. Ce qui est plus problématique, surtout en montagne, c’est le manque d’espace. On doit faire des compromis, prioriser un objectif plus polyvalent, délaisser le trépied pour utiliser son sac à dos comme stabilisateur, etc. Cela dit, les articles essentiels ne sont jamais négligeables. Je ne pars jamais sans une trousse de premiers soins, une trousse de réparation (pour mes skis), un système de vêtements multicouche, et un équipement de sécurité en avalanche (en terrain propice).

Un dernier conseil?

N’ayez pas peur d’utiliser le matériel qui vous plaît plutôt que des équipements que vous regretterez. Sinon, il y a toujours moyen d’immortaliser les moments avec les yeux et la mémoire… ça aussi ça en vaut le coût. Amusez-vous!

Jupiter Traverse, Colombie-Britannique

Quel est ton prochain projet photo?

Je pars bientôt à l’aventure en Alaska et dans les plus belles montagnes du Yukon. À suivre!

Où est-ce qu’on peut voir ton travail?

Mon travail se retrouve souvent sur le site web de lacordee.com, ainsi que sur les sites justeetredehors.com et yankaczynski.com

 

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