L’Appalachian Trail de Danielle Vibien: quoi manger en longue randonnée?

Être femme et parcourir en solo l’Appalachian Trail
Les aliments, source de réconfort

Par Danielle Vibien,

Présentement, si je vous invitais chez moi pour souper à la chandelle, il faudrait s’installer par terre.
Une photo vaut mille mots : voici ma table de cuisine!

Pour ceux qui me suivent depuis le début, vous aurez remarqué que mon Banana Guard® et ma conserve de Chocolats Favoris® sont au centre de mes préoccupations…

Je pars pour une durée estimée de 6 mois. L’Appalachian Trail traverse plusieurs villages ou petites villes, OUI. Dans certains cas, 1,5 km de marche sur une route asphaltée me mènera à un dépanneur, ou une station-service; une distance acceptable. Je devrai alors m’approvisionner à même ce qui est offert. Et pour avoir effectué des pit stops dans les Stewart’s des Adirondacks, ou les Maplefields du Vermont lors de randos organisées au sein de mes clubs; les pointes de pizza, les pogos, les biscuits Oreo, les Pringles, le Gatorade et la crème glacée offerte avec 12 garnitures différentes en option (de la guimauve pétrifiée au caramel « trans » figuré, en passant par la confiture) m’attendent. Couleur locale. Tant qu’à me boucher les artères, achevez-moi donc tout de suite!

Dans plusieurs cas, une épicerie « qui a de l’allure » se trouve à plus de 5 km. La seule option est alors de faire du pouce en espérant qu’on me prenne (même si je sens le d’sour de bras) à l’aller et qu’on me ramène au même endroit par la suite. Il faut penser que l’aller et le retour ne se feront pas avec la même âme charitable. Je passerai beaucoup de temps à me réapprovisionner en chemin, à remballer ce qui a été acheté si le format disponible ne convient pas. Bon, tout se fait et tout se gère, je pense. Personnellement, je cherche à limiter le plus possible la place que j’aurai à accorder à cette activité récurrente, que je trouve fastidieuse et qui m’ennuie déjà.

Je me soucie de manger des aliments que j’aime et bons pour la santé, et j’ai compris que ce qui était le plus important dans la planification était de m’assurer d’avoir de la VARIÉTÉ. Non, je n’ai aucune idée de ce dont j’aurai envie au souper, le soir du 14e jour de marche, mais je sais que ce souper ne reviendra pas avant le jour 30. Et ça, je pense pouvoir vivre avec!

Mais que veut dire bien manger?

Pour répondre à cette question, j’ai choisi de m’imprégner du livre de Nathalie Lacombe « Du plein air, j’en mange », par précaution, car je suis (je me connais) GOURMANDE, et j’ai peur… de déraper.

Je vous recommande ce livre. Je le trouve accessible, facile à digérer. Beaucoup de photos, des tableaux simples qui donnent l’heure juste. Des comparatifs de « choix performants » versus des « pièges ». Et des recettes, entre autres celle de la p. 226, « PACANES PIQUANTES ET SUCRÉES », que j’ai essayée : sirop d’érable, cannelle et poivre de cayenne. Une combinaison de nouvelles saveurs qui mettra du piquant dans une journée pluvieuse! Voyez ce que ça donne :

L’auteure a réussi à éveiller mon niveau de conscience quant aux choix que je vais faire durant mon aventure. Puisque je m’occupe d’approvisionner la librairie chez La Cordée, j’ai commandé quelques exemplaires du livre pour garnir nos tablettes.

Je ne vous résumerai pas tout le livre, mais je vous partage ce que j’ai appris. Le corps a besoin de carburant sous forme de glucides, de protéines, de lipides, de vitamines et de minéraux et, bien sûr, d’eau. Le corps fonctionne comme un compte en banque. Pour ne pas tomber dans le rouge, les retraits doivent égaler les dépôts. Il faut manger en fonction de sa dépense énergétique.

Mais en longue randonnée, comment estimer sa dépense calorique ?

Nathalie Lacombe propose un mode de calcul du « métabolisme de base » basé sur l’âge, la taille et le poids actuels. Mon MB, après calcul, serait de 1164 calories. Il faut ensuite multiplier ce résultat par un facteur prédéterminé en fonction du niveau d’activité pratiquée. Bon, compte tenu du temps de marche journalier sur l’AT, entre 8 et 10 heures (les pauses sont incluses) et de la charge que j’aurai sur le dos, je choisis le facteur le plus élevé, soit 1.95, ce qui donne : 2270 calories par jour. Un nombre très arbitraire. Moi, j’aime les chiffres ronds, alors je choisis 2300.

Cool! Je dois compenser une dépense de 2300 calories!

Commençons par déjeuner le matin vers 5 h

J’ai prévu 3 options, dont 2 ne nécessitent pas de réchaud (économie de carburant) :

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Option #1

Tortilla, beurre d’arachides et mélasse

490 calories

Option #2

Croque nature, muesli ou QIA, amandes, fruits séchés et lait en poudre

445 calories

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Option #3

Gruau enrichi: gruau, crème de blé, germe de blé, graines de citrouille, graines de lin, dattes, sirop d’érable Brix

492 calories

Je compte me mettre en route à 6 h tous les matins. Je suis matinale, voyez-vous.

Et pour dîner?

Je ne dînerai pas et mangerai plutôt aux 2 heures en écoutant ma faim. Et là, pour ne pas tomber dans l’ennui, j’ai prévu 25 saveurs différentes allant des barres tendres ou croquantes, salées ou sucrées en passant par les noix variées et les pâtes de fruits. Voilà ce que ça donne :

PROBAR mène le peloton avec 390 calories/barre pour un poids de 85 g. À 5 barres par jour, j’avoisine les 900 CALORIES.

Pour ce qui est des noix, j’ai fait bien attention de les séparer par sorte pour varier les saveurs en bouche. Quand j’ai parcouru le GR 20, en Corse, j’avais avec moi un mélange type dit GORP, lequel au bout de 5 jours ne me convenait plus du tout. ÉCOEURÉE je vous dis, INCAPABLE de le regarder encore moins de l’avaler! Alors que fait-on, loin de tout quand c’est la seule option ? ON SE PASSE DE MANGER. Mais ça va pas la tête ? Et le corps n’ira pas non plus! Ce que je ne vous ai pas dit, c’est que malgré le fait que j’aie filtré mon eau, malgré le fait que je l’aie purifiée avec des comprimés de Pristine, j’ai trouvé le moyen d’attraper la gastro! J’ai donné mon GORP à mes compagnons de route et j’ai vécu 4 jours de sentier sans trop manger. Quand mon appétit est finalement revenu, mon gruau était toujours le même, mon spaghetti le soir goûtait toujours la même chose.
J’ai donc appris : de la VARIÉTÉ, de grâce!

Voici mes noisettes prêtes à voyager:

Un inventaire rapide des sacs Ziploc® de noix si vous le voulez bien, au total : 152

Amandes citronnées: 11
Amandes au tamari : 22
Amandes fumées : 13
Amandes Kri-Kri : 15
Noisettes grillées : 13
Noix de cajou rôties : 18
Noix de cajou au poivre : 11
Arachides soudanaises rôties : 20
Graines de citrouille grillées : 17
Pacanes piquantes : 12

Voici où je me procure mes noix : LE ROI DES NOIX 9050, rue Charles de la Tour, Montréal, QC, H4N 1M2

J’adore ce commerce tenu par des gens fort sympathiques. Les noisettes sortaient du torréfacteur quand je suis passée. Elles étaient chaudes… j’en ai perdu la carte! Les graines de citrouille, je les ai grillées chez moi.

Mais je ne vous ai pas parlé de mon escapade chez Costco en autobus! Je me suis permis un voyage en autonomie (je n’ai pas de voiture) et j’ai emporté mon sac Shuttle 100 L à roulettes d’Osprey en me disant que je repartirais avec ce qui rentre à l’intérieur. Voilà ce que ça a donné :

Quant aux barres Fruit Source de Sun Rype, d’un poids de 37 g chacune, elles viennent de chez Walmart. 80 unités, 5 saveurs. Je les ai scannées une par une (pas moyen de faire autrement, j’ai demandé). Alors j’ai médité en le faisant…

Je ne retournerai pas chez Costco ni chez Walmart. L’expérience a été pour moi…traumatisante.

J’ai aussi feuilleté le livre, « La gastronomie en plein air », d’Odile Dumais.

Les recettes y sont nombreuses. J’ai essayé, entre autres, celle des « galettes polaires », 280 calories/80 g. Voici le résultat:

Celles que j’ai préparées se sont conservées au réfrigérateur jusqu’à 6 semaines, mais qu’en serait-il dans mon contenant antiours à 28oC ? Comme je n’ai pas la réponse à cette question, je vais plutôt les emmener en rando d’une journée ou le temps d’une fin de semaine.

Et maintenant, le souper.

J’imagine que plus la journée avance sur l’AT, plus les imprévus vont se manifester et la fatigue va s’accumuler. C’est là je pense que la notion de RÉCONFORT par l’alimentation prend tout son sens. Alors, j’ai choisi des mets préparés lyophilisés. Règle générale, je ne cuisine pas beaucoup. Je suis trop souvent partie jouer dehors. En ce qui concerne mon aventure, je préfère ne pas avoir à me casser la tête.

J’approvisionne les magasins La Cordée avec 3 marques de mets lyophilisés. Il y en a pour tous les goûts. Par ordre alphabétique : ALPINE AIR™ / BACKPACKER’S PANTRY™ / HAPPY YAK™

Après analyse comparative, les saveurs se présentent en sachets de 145 g à 252 g et offrent un apport variant entre 500 et 1000 calories. J’ai choisi des saveurs que j’aime.

Les manufacturiers ne se prononcent pas clairement sur le nombre de portions offertes pour un prix donné. Et pour cause : un homme mange plus qu’une femme et votre appétit dépendra de l’activité pratiquée, de son intensité, de sa durée… Et de votre besoin de RÉCONFORT le moment venu de vous arrêter.

J’ai choisi dans certains cas de diviser le contenu en 2 portions. Par exemple, chez Backpacker’s Pantry™, le sachet Riz et sauce thaïlandaise épicée aux arachides offre 1000 calories pour 230 g. C’est trop pour moi.

Autre remarque : Backpacker’s Pantry™ présente ses produits en sachets métallisés qui occupent un volume contraignant quand il s’agit de les mettre dans un contenant antiours. J’ai alors choisi de les remballer dans des sacs Ziploc® (je recommande ceux de petite taille pour congélateur, 25/boîte) et je me suis retrouvée avec un ratio de 1 pour 2. Une économie d’espace de 50 % ! Dans chaque Ziploc®, il y a un sachet complet de riz au curry.

Bon, parlons-en de ce contenant antiours que je traînerai avec moi. Nous serons INSÉPARABLES. Je l’ai nommé : BK (pour Bear Keg).

Capacité : 11,7 L
Dimensions : 9 x 14 po (22,86 x 35,56 cm)
Poids : 3 lb 10 oz

Présentement, il est tout nu, sans personnalité. Mon intention est de l’habiller des autographes des Thru-Hikers de l’AT qui auront influencé mon chemin de rando.

J’ai pensé y apposer les autocollants de marques que mes supporteurs m’ont envoyés, mais voilà : ce baril va se faire malmener par n’importe quel rongeur, coyote, ours, reptile, raton, limace ou rapace qui va le trouver sur son chemin puisque je vais tous les soirs aller le border à 100 pieds/30 m de ma tente. Survivra-t-il?

L’Appalachian Trail traverse trois parcs nationaux :

  • Le parc national des Great Smoky Mountains (à cheval entre le Tennessee et la Caroline du Nord)
  • Le parc national de Shenandoah (en Virginie)
  • Le parc d’État Baxter (au Maine)

À bien des endroits, des câbles en acier sont mis à la disposition des campeurs pour accrocher leur sac de nourriture.
Le contenant antiours n’est pas obligatoire dans aucun des parcs. Cependant, il est fortement recommandé.
“A bear that has access to food be it only 1 time is a DEAD BEAR” (Un ours qui aura accès à de la nourriture, ne serait-ce qu’une seule fois, est un ours mort)
Je choisis de ne pas risquer d’écourter la vie d’un ours gourmand qui n’aura pu s’empêcher…

Mais revenons à mon compte en banque…

Je serai sur le sentier de 6 h à 16 h, soit 10 heures. « Budget » quotidien à dépenser : 2300 calories.

2110 calories réparties comme suit :
490 (tortilla garnie) + 900 (4 barres) + 720 (HAPPY YAK, chili végétarien, 1 sachet complet 190 g)
Et il me reste environ 200 calories pour… *Roulement de tambour* :

Et/ou des grignotines de fantaisie salées :

Et je n’oublie pas, bien sûr, mon apport en vitamine C : bleuets, bananes, pommes séchées, pâte d’abricot, Fruit²

J’ai établi plusieurs points de chute, des bureaux de postes non loin du sentier où j’irai récupérer mes boîtes de nourriture. En poste restante, le délai pour les récupérer est de 3 semaines. J’écrirai :
« PLEASE HOLD FOR THRU-HIKER », mon nom et ma ETA (la date estimée de mon passage) sur chaque boîte. La contribution de La Cordée est précieuse ici, car mes boîtes partiront de l’entrepôt. C’est mon collègue Carl, responsable de l’expédition, qui va veiller à les acheminer à temps selon mon signal. Carl est « sur la coche »!

Mon sort est entre ses mains : s’il n’expédie pas…je ne mange pas.

Voici la boîte #1

Au tout début, j’avais pensé me faire un allié : NESCO, le SNACKMASTER FD-60. C’est moi qui approvisionne les magasins La Cordée avec ce modèle de déshydrateur. Il fonctionne très bien! À voir la quantité d’unités vendues dans nos magasins chaque année, vous êtes plusieurs à pratiquer l’art de la déshydratation et y trouver votre compte! Un bon 12 heures de ronronnement de moteur pour réduire des tranches de poivrons rouges en cure-dents plutôt ratatinés. Une économie de volume impressionnante! Bon et après je fais quoi ? Je suis la fille qui fonctionne le moins bien en cuisine, je vous l’ai dit. Je vais choisir mes combats. J’ai trouvé des alternatives viables pour moi. Et mon temps disponible est compté : fouiller dans des livres de recettes pour rouler ma sauce à spaghetti en cigares ou écrire mes blogues ? Vous votez comme moi.

Chaque midi, en revenant de mon entraînement, j’ai l’habitude de déguster ma palette de 4 couleurs dont je m’ennuie déjà…Pas de panique, j’ai l’intention de colorer mes journées de fruits et de légumes frais croqués sur le vif quand je traverserai un endroit civilisé. Pas question de les transporter : je les goinfrerai sur place!

Mon lunch habituel + 1 coco ou du tofu ou du thon ou…

Dernière étape

Il n’y a aucun point de ravitaillement entre le petit village de Monson, au Maine et le parc d’État Baxter. J’aurai à traverser le fameux 100 Mile Wilderness. Monson sera donc ma dernière chance de mettre la main sur une BANANE VERTE!
En écrivant sur Google : Monson, Maine grocery, regardez un peu sur quoi je suis tombée :

Elles m’attendent, sur le coin au Monson General Store!
12, Greenville Rd, Monson, ME 04464, USA

Et le test que j’ai effectué au bureau (la noirceur aide) est concluant !

Banane verte jour 1
Banane survivante jour 11
Banana Guard et chocolat expédiés à Monson

Devinez qui va se payer des tranches de bananes trempées dans le chocolat au sommet de Katahdin ?

Je vous laisse, ce compte rendu m’a soudainement donné envie de grignoter…

Les blogues de Danielle vous inspirent et mille questions vous viennent en tête? Venez les poser directement à notre aventurière le 27 février prochain, à l’occasion de sa conférence. Cliquez ici pour plus de détails!

 

Danielle tient à remercier ces compagnies pour leurs précieuses commandites de nourriture :

Sans oublier ses fournisseurs de nourriture lyophilisée :

L’Appalachian Trail de Danielle Vibien: quoi manger en longue randonnée?
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Danielle Vibien

Danielle Vibien est acheteuse camping et voyage chez La Cordée depuis maintenant 13 ans. Passionnée de plein air et de randonnée, elle fait partie de pas moins de sept clubs sportifs axés sur l’aventure en montagne, en vélo et en ski. Pas surprenant alors que l'Appalachian Trail soit sur sa bucket list depuis un bon moment. À partir de la fin du mois de mars 2018, Danielle fera les premiers pas qui lui permettront d’accomplir l’un de ses rêves les plus chers: parcourir la AT du sud au nord. Avec le concours de son équipe de travail et des différents fournisseurs avec qui elle travaille quotidiennement, c’est seule, mais bien entourée qu’elle part réaliser ce défi. Faites comme nous et suivez-la dans son aventure!
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