Une longue randonnée ici, au Québec

Par Maxime Durand

Ah, l’automne! C’est le meilleur temps pour faire de la randonnée pendant que les conditions sont parfaitement alignées. Sans moustiques ou neige, la température est assez douce pour le multicouche léger. Sans parler des paysages qui sont de purs régals pour les yeux! Quoi de mieux que de profiter de cette belle saison, ici même au Québec, pour se lancer dans la Traversée de Charlevoix ?

Le sentier, dont le début est situé à moins de trente minutes de Baie-Saint-Paul, offre un excellent compromis entre accessibilité et confort, en plus d’offrir 105 km de décor féérique. S’il est possible de faire seulement quelques sections de la traversée, ma conjointe Caroline et moi avons décidé de nous aventurer sur le parcours complet.

Nous partons de Montréal en fin de journée et profitons d’une dernière nuit dans le lit douillet d’un B&B à Baie-Saint-Paul. Dès le lendemain matin, au jour 1 de notre randonnée, nous roulons sur les quelques derniers kilomètres qui nous amènent au départ à la ZEC des Martres, en passant brièvement par le chaleureux poste d’accueil de la Traversée. Les derniers détails réglés, nous nous élançons de bonne heure sur le sentier. Si les premiers kilomètres partagent un sentier carrossable, il ne faut pas s’en inquiéter. Une fois ceux-ci franchis, les randonneurs se retrouvent fins seuls, en pleine communion avec la nature calme et silencieuse qui contourne le cratère de Charlevoix.

Ce premier jour de randonnée est à l’image d’une grande partie du chemin : dans les bois, loin de toute civilisation ou de réseau cellulaire et avec un dénivelé très accessible et progressif. En fait, la montée en altitude s’est déjà faite en voiture, alors on navigue plutôt entre plateaux et sommets. Partis de tôt le premier jour, Caroline et moi passons rapidement le premier chalet (L’Écureuil) sans nous y attarder, pour aller en direction du chalet La Marmotte. Comme les distances à parcourir entre les chalets ne sont pas trop importantes, nous avons même du temps pour profiter des soirées.

En arrivant à La Marmotte, nous rencontrons deux compagnes de randonnée, Monic et Nadia. La chance nous sourit : elles sont toutes deux vraiment gentilles. Nous avons beaucoup en commun et trouvons mille choses à nous raconter. Nous sommes contents parce que nous passerons les prochaines nuits aux mêmes chalets jusqu’à la fin de la traversée. Notre botte secrète? Un jeu de cartes facilement transportable : Monopoly Deal (qui, contrairement à sa version de table, procure vraiment du plaisir et se joue en quelques minutes). Au réveil, une première neige fine tombe en cette journée de la mi-octobre.

Le lendemain, nous reprenons notre chemin après un déjeuner d’œufs frais. Eh oui! en ce début de trajet, et avec la température fraîche à l’extérieur, nous nous sommes permis d’apporter, en ce tout début de traversée, de rares produits frais. Malgré le service de transport entre chalets offert par l’organisme de la Traversée, nous avons opté pour une autonomie complète en bagages et en nourriture.

Chaque chalet est équipé minimalement de brûleurs au gaz, de truies (foyers à bois), d’un accès proximal à une source d’eau (non traitée), de vidange d’eaux usées et de matelas de sol. En autonomie, il faut donc prévoir sa nourriture, ses vêtements et le rapatriement des déchets. Et joie, il y a des toilettes sèches! Ainsi, il y a moyen de se préparer un très bon repas, de sécher ses vêtements trempés et de se reposer convenablement pour le lendemain. Conseil de pro : n’oubliez pas d’apporter des bouchons pour les oreilles, des pastilles pour la gorge et des acétaminophènes rhume et sinus, juste au cas. Ça vous permettra d’apprécier l’expérience en cas d’imprévu viral.

Sur le sentier, nous perdons rapidement la notion de temps. Seuls les claquements des castors et les envolées de perdrix nous ramènent à la réalité. Une réalité où règnent feuillus, conifères et bleuetiers à perte de vue. Et tant qu’à regarder au sol, nos yeux sont captivés par la diversité des couleurs qu’arborent les champignons automnaux.

Ailleurs, ce sont les cerfs, les caribous, les orignaux ou les porcs-épics qui déroutent notre attention alors que nous progressons vers notre deuxième chalet, La Chouette, après un détour par la Montage de la Noyée.

Pendant que l’eau chauffe sur le poêle, nous gardons nos corps au chaud en fendant le bois qui servira à égayer notre soirée. Enfin, comme autonomie complète ne veut pas dire se priver de bien manger, nous avons décidé de planifier tous nos repas à l’aide du livre émérite d’Odile Dumais, La Gastronomie en plein air et d’un déshydrateur. De petits déjeuners savoureux, au GORP de luxe en passant par un bon repas à l’heure du souper, nous nous sommes régalés comme jamais auparavant en randonnée autonome. L’un de nos repas favoris : l’assiette de poulet aux canneberges et riz, agrémentée de chanterelles.

Ainsi, nous marchons d’un chalet à un autre, en empruntant finalement des sections du parc des Hautes-Gorges de La Malbaie, qui nous révèlent davantage de vues exceptionnelles en hauteur.  Avec l’automne qui avance inéluctablement, les paysages sont aussi spectaculaires lorsque les feuilles sont colorées que lorsqu’elles sont tombées et qu’elles nous laissent admirer la vue sur les vallées en contrebas.  Afin de remplir notre mémoire de souvenirs, nous utilisons notre téléphone pour capter certains moments de notre voyage.

Et comme la randonnée dure de six à sept jours, nous nous assurons d’avoir assez d’énergie pour tout capter en emportant une recharge de batterie et un panneau solaire compact et universel (donc efficace aussi pour recharger les lampes frontales).

Notre traversée s’achève. Avant d’arriver à la sortie du sentier au Mont Grand-Fonds, nos oreilles entendent un bruit d’harmonica. Un autre randonneur qui, pour égayer sa traversée en solitaire (et pour se donner du courage contre les ours), décide de jouer pendant qu’il marche. Pourquoi pas?

Notre voiture nous attend au stationnement. (On a profité d’un service qui, moyennant un petit montant, déplace notre voiture pour nous.) Un petit appel ou un courriel plus tard pour confirmer aux responsables que nous sommes sortis sains et saufs de notre traversée et nous voilà de retour, maintenant prêts à rêver à la randonnée suivante…

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Ancien employé de La Cordée, Maxime a appris à faire du ski de fond avant de se mettre à marcher (du moins, c’est ce que sa mère prétend). Tout jeune, c’est l’escalade qui lui a ouvert les portes du plein air. De tempérament curieux, il a pratiquement essayé tous les sports de plein air. Bien qu’il se définisse comme un sportif hyper actif, il finit souvent par se retrouver derrière une pile de livres pour gagner sa vie d’historien. Et quand il n’a pas le nez dans un bouquin ou qu’il n’est pas en train de jouer dehors ou de jardiner, fourche à la main, Maxime sème la terreur dans les soirées de jeux de table avec ses amis.