Vélo, course, métro : le miracle du navettage actif

L’activité physique et par conséquent le niveau de forme physique générale de la population sont en diminution constante à la grandeur du globe. Plusieurs raisons sont évoquées, mais un facteur d’importance majeure est l’urbanisation rapide de notre planète. L’urbanisation signifie que les distances et le temps sont de plus en plus longs pour se déplacer de la maison au travail. Les données scientifiques sont claires : plus on passe du temps à se déplacer de façon inactive (auto, autobus, train), plus grand est le risque de développer diverses maladies dont les maladies cardio-vasculaires (CV).

Les banlieues toujours plus reculées tuent nos cœurs à petit feu

Le navettage actif, c’est l’utilisation d’un mode de déplacement actif de la maison au travail. La marche, la course, le vélo, le patin à roues alignées en sont des exemples. Dans la région urbaine de Montréal, c’est moins de 5 % des travailleurs qui se déplacent de façon active au travail. Un design urbain sous-optimal n’améliore pas l’accès à cette « bouée de sauvetage » pour notre cœur. Les maladies les plus fréquentes du 21e siècle seront reliées à une mauvaise hygiène de vie, à une alimentation malsaine, à l’inactivité physique ainsi qu’à des traumatismes reliés aux accidents de la route. En 2050, 75 % des habitants de notre planète résideront dans un milieu urbain(1). Pour contrer cette tendance, il est primordial de réduire notre dépendance à l’automobile, de minimiser la stagnation dans le trafic routier ainsi que l’exposition à la pollution et au bruit excessif. Pour ce faire, il faut miser sur les déplacements actifs de façon sécuritaire, confortable et agréable. Notre santé physique et mentale ainsi que notre vie en dépendent.

Mais comment débuter et persister?

Les déplacements actifs sont multi-facettaires, et la façon de vous déplacer activement dépend logiquement de votre lieu de résidence, des installations à proximité, de même que de votre plaisir à pratiquer la marche, la course à pied et bien sûr le vélo. Par exemple, il est possible de courir pour quelques kilomètres, de prendre le métro pour un segment et de terminer le dernier bout de chemin à la course. Ça se fait 12 mois par année. Puis, pour aller plus vite, une fois la belle saison venue, utilisez votre vélo. Vous demeurez un peu loin et faire l’aller-retour, c’est un peu trop fatigant? Prenez votre automobile en matinée et retournez de façon active en fin de journée. Le lendemain matin, soyez actif puis revenez bien tranquille le lendemain soir, avec votre auto. Les possibilités de permutations sont nombreuses. Variez vos modes de déplacement et vos trajets.

Le navettage, est-ce vraiment bon pour la santé?

Les données sont probantes(2) : la combinaison du navettage en vélo et à un autre mode de déplacement est associée à une diminution de 41 % de la mortalité de toute cause sur une période d’observation de 5 ans. Qui plus est, la mortalité CV serait réduite de 46 % alors que celle causée par divers cancers serait réduite jusqu’à 40 % pendant cette même période d’observation. Quant à la marche, seule, elle diminue la mortalité totale de façon moindre et n’est pas associée à une diminution des cancers. De quoi redonner au vélo toutes ses lettres de noblesse! Y a-t-il d’autres avantages? Il y en a plusieurs en fait. L’exercice quotidien joue un rôle d’antidépresseur en plus de stabiliser l’humeur. Sans compter qu’il a un effet sur l’ostéoporose, qu’il améliore la biomécanique, et conséquemment, qu’il diminue les risques de blessures et contribue à maintenir un poids idéal.

Avez-vous des trucs à partager?

Plusieurs petits trucs peuvent améliorer votre plaisir, vos gains en santé, votre forme physique et votre sécurité. Le navettage actif, c’est un entraînement physique. Alors que le trajet est souvent un paramètre fixe, il faut commencer graduellement et ne pas pousser trop pour éviter les blessures de surutilisation de même que l’épuisement physique. Donnez-vous des journées de pause en début de saison. Choisissez un trajet esthétiquement beau et sécuritaire. Il y a souvent bien du monde sur les pistes cyclables aux heures de pointe. Si vous le pouvez, varier vos heures de déplacements. Rappelez-vous que lors des jours pluvieux, il y a moins d’affluence sur les routes et les déplacements peuvent être des plus agréables. Aussi, portez une attention particulière à votre alimentation et à votre hydratation. Puis, comme vous aurez faim davantage en étant plus actif, gardez sur vous des collations saines et nutritives pour les fringales de la mi-matinée et pour vos petits creux avant de quitter le boulot en fin de journée.

Bon printemps et bonne route !

Michel White, cardiologue

Références intéressantes :

1. Giles-Corti B, et collaborateurs. Urban design, transport, and health 1. City planning and population health: a global challenge. Lancet 2016;388:2912-24

2. Celis-Morales CA, et collaborateurs. Association between active commuting and incident cardiovascular disease, cancer, and mortality : prospective cohort study. BMJ 2017;357;1-7

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Dr Michel White

Professeur titulaire de médecine et clinicien-chercheur à l’Institut de Cardiologie de Montréal, le docteur White s’intéresse aux divers aspects de la santé cardiovasculaire et de la physiologie de l’exercice. Il est aussi un amateur de plein air et un grand aventurier. C’est d’ailleurs lui qui a accompagné, pour la première fois de l’Histoire, un greffé cardiaque dans une ascension en haute altitude, au Mont-Blanc. Sans compter qu’il a aussi skié sur les deux pôles avec des patients greffés du cœur. De manière plus personnelle, le docteur White participe à des courses de longue distance, prend part au marathon canadien de ski de fond annuellement et pratique le vélo de façon régulière.

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